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COMMUNIQUE DE BREIZH 2004
Trégastel, le 4 décembre 2005

En réponse à Monsieur Philippe Sour, chargé de communication de Régions et Peuples Solidaires
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Cher Monsieur,

Je crois que vous faites une erreur historique: Austerlitz n'est pas la célébration d'un homme qui (je vous cite) "a mis l'Europe à feu et à sang et rétabli l'esclavage en 1802".

Célébrer Austerlitz, c'est tout simplement se souvenir de la bataille du 2 décembre 1805 qui a vu la victoire des armées françaises sur les troupes coalisées et notamment russes.

Souvenez-vous.

" Je n'ai jamais fait la guerre par esprit de conquête, écrira Napoléon ; j'ai accepté les guerres que le ministère anglais a soulevées contre la Révolution française ".

Effectivement, l'Angleterre a toujours rejeté à la fois les principes de la Révolution et, sur le plan économique, la domination du littoral belge par les Français. Elle n'a eu de cesse de faire retrouver à la France ses frontières d'avant 1789. En 1805, les Anglais formèrent avec l'Autriche, la Prusse et la Russie une nouvelle coalition contre la France, la troisième, dans la continuité des guerres de la Révolution.

Souvenez-vous.

Le 21 octobre 1805, la flotte franco-espagnole est quasi détruite par la flotte anglaise de l'amiral Nelson à Trafalgar. Battu sur mer, l'empereur est victorieux sur terre : Wertingen le 8 octobre, Guntzburg le 9, Haslach le 11, Elchingen le 14, Ulm le 20... Vienne est prise le 13 novembre, Brünn le 20. Le 21, Napoléon reconnaît le plateau de Pratzen, le village d'Austerlitz, assurant à ses officiers, de façon prémonitoire : " Examinez bien ce terrain, nous nous y battrons ". Le 29 novembre, Austerlitz est occupé par les troupes coalisées qui se sont rassemblées. Une ultime proposition de paix est adressée par les Russes à l'empereur, lui demandant le retour de la France dans ses limites de 1789. " Allez dire à votre maître que je n'ai pas l'habitude de me laisser insulter ", aurait répondu l'empereur à l'émissaire russe. L'affrontement est inévitable.

Il n'y a rien de colonial là-dedans.

Mais vous, au nom de Régions et Peuples Solidaires, avez préféré user de la manière habituelle de dramatiser et de parler "politique" : " L'on s'empare d'abord d'anecdotes, de fragments du réel, de choses éparpillées et discontinues, dont on n'a pas été le témoin direct, mais dont on tient le récit d'une chaîne d'autres intermédiaires. On les extrait ensuite de toute temporalité. On neutralise l'entière variété de leurs formes. On les affranchit de tout code local. A partir de ces débris du réel et de l'écume de la rumeur qui les charrie, l'on esquisse des croquis furtifs, des scènes que l'on réorganise à sa guise, des tableaux mouvementés et intenses, bref, un axe dramatique dont les mots et les images se résument, en fin de compte, à une ou deux choses. (Achille BEMBE De la postcolonie - Paris : Karthala, 2000). Peu importe que les mots ne se rapportent à aucun événement précis, pourvu qu'ils préservent aux phénomènes que l'on prétend décrire tout leur poids d'immédiateté brute - pourvu qu'ils témoignent du primat de la sensation et de la radicalité du dérèglement ".

Le problème ne serait-il pas celui d'une différence impossible à penser, à interpréter, voire à " intégrer " entre la France et son passé colonial et notre propre passé de Bretons colonisateurs eux aussi, négociants d'esclaves, soldats de l'empire, puis, plus tard, gouverneurs ou colons en Afrique, marins de la Royale etc..

A vos yeux, ces facteurs primordiaux que sont la Bretagne et son peuple, constitueraient-ils une sorte de passeport pour l'innocence historique? En laissant à la France la haine et le malheur, ne risquez-vous pas d'attiser la haine de la France, de l'Occident, avec sa tradition judéo-chrétienne, la haine de la république, cette dernière étant " la version française de l'Europe?

Ce souvenir douloureux de la colonisation et de l'esclavage serait-il une question non pas d'histoire et de " mémoire ", mais une question " idéologique "?

Austerlitz n'était pas un crime contre l'humanité. C'était seulement une bataille. C'était quelque chose d'ambivalent.

Or, votre communiqué nous attire dans un terrible cul-de-sac. Loin de nous appeler à réfléchir, vous nous conviez à un rite sacrificiel - un de plus, comme si l'on n'en avait pas déjà assez- celui de la France assassine et colonisatrice et vous ne voyez que haine et colonisation dans cet énorme sacrifice que furent les guerres Napoléoniennes.

Dans la mesure où la guerre oppose les victimes entre elles, la querelle est plutôt de savoir quelle souffrance humaine doit être sanctifiée et quelle autre ne l'est pas. Et, au fond, sans donner de valeur à l'échelle des vies et des morts - la seule qui compte vraiment - je peux tout aussi bien dire que la politique de Napoléon nous a délivré de l'esclavage et du colonialisme anglais.

Ce qui conférerait à la Bretagne un caractère de mémoire, ce serait la volonté des Bretons d'accorder à la destruction de la flotte française à Mers El Kébir, en 1940, où 800 marins bretons périrent sous les coups de la marine anglaise, la même gloire et le même souvenir que vous accordez à la victoire d'Austerlitz.

Pour Breizh 2004 Mouvement Fédéraliste Breton et Européen

Le Président Claude Guillemain

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Last modified: 12/04/2005 03:24 AM

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