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Langoned, le 12 juin 2004
Si les Bretons qui rejettent le Gwenn ha Du ne présentaient pas, en même temps, un credo socialo marxiste d'un autre âge, on pourrait croire que, chez ces gens-là, la responsabilité de leurs actes est inversement proportionnelle à leur ignorance de l'histoire bretonne. Nous venons de voir comment la CGT 29 vient de répondre habilement ( ?) par un claquement de langue de bois à la légitime indignation de nombreux Bretons qui voulaient défendre leur drapeau. En résumé : « le communiqué incriminé n'est que le fait d'un isolé et ne saurait engager notre responsabilité » Mais à qui la CGT veut-elle faire croire ça ? Le marxisme centralisateur aurait-il abjuré son goût de l'uniformité (je ne veux voir qu'une tête) centralisatrice ? Certainement pas. Quant aux Bretons qui font encore confiance au credo socialo marxiste pour obtenir plus d'autonomie pour leur pays, je ne voudrais pas les réveiller trop brutalement dans leur rêverie, mais c'est exactement l'inverse qui se prépare. Depuis des dizaines d'années, les Bretons croient pouvoir réaliser la synthèse de deux radicalismes antagonistes, l'un nationaliste et indépendantiste et l'autre socialo marxiste. Et, lorsque cette radicalisation nationaliste ou socialo marxiste ne se reflète pas toujours au niveau des contacts et des échanges oraux, nous la voyons transpirer dans les écrits, dans les messages e-mails, dans les comportements politiques. Mais d'où vient cette mutation étrange du nationalisme breton et du marxisme ? Cette mutation s'est déroulée en concomitance avec l'évolution des idées et des comportements politiques en France au cours des vingt dernières années. Nous avons assisté à la montée d'un nationalisme breton rétif aux tentatives de discussion, qui trouva son apogée, après divers avatars, dans l'exigence d'un Etat indépendant. La voie vers la création de cet Etat Breton était soi-disant tracée par des forces variées, certaines gauchistes, voire révolutionnaires, d'autres sincèrement nationalistes mais n'arrivant plus à distinguer parfaitement entre la nation et le politique gauchiste. S'il est vrai que ces groupes " nationalistes " n'hésitèrent pas à faire usage de symboles et de slogans vengeurs, néanmoins la cause souverainiste demeurait le but stratégique ultime. C'est en cela que le nationalisme breton ressemblait comme deux gouttes d'eau à son adversaire, le nationalisme français, tous deux instrumentalisant la notion de nation, dans des mesures diverses, au service de l'Etat. L'ère du nationalisme breton semble proche de la fin. Elle laisse le champ libre à une ère fédéraliste, concomitante elle aussi avec l'atmosphère dominante en Europe. S'il est possible de comparer le mouvement nationaliste passé et le mouvement fédéraliste actuel, le destin de chacun d'entre eux est devenu fort différent : contrairement à ce qui se passe chez les nationalistes, où la dimension politique et temporelle de la Nation s'est fourvoyée avec le marxisme le plus rétrograde, le fédéralisme sort considérablement renforcé de cet affaiblissement, en prônant des idéaux modernes de libéralisme maîtrisé et de modernisme européen. Il n'est plus possible de fermer les yeux sur la face dogmatique et sur les égoïsmes structurels que reflètent les mouvements indépendantistes bretons d'inspiration marxiste. La montée du mécontentement entretenu par des voies tortueuses, les ont menés parfois à collaborer avec des formations non démocratiques: il suffit de voir comment les Bretons ont été « tolérés » par les services d'ordre de la CGT lors de la manifestation de Langoned contre la désertification du paysage rural, le 12 juin 2004. Les autorisations avaient été accordées aux Gwenn ha Du, mais au deuxième rang s'il vous plaît, le premier rang étant occupé par la CGT et ses drapeaux rouges (voir photo). Le marxisme avait trouvé utile de s'associer au Gwenn ha Du, ce jour-là, sous l'égide protectrice d'une multiplicité de causes quelquefois contradictoires : la désertification de la Bretagne intérieure, le pouvoir jacobin de Paris, le chômage..; mais aussi le refus du modernisme et de la mondialisation, qui débouche immanquablement sur l'isolement, l'abandon de la cause européenne et le refus du libéralisme. La croissance de la gauche en Bretagne se sera paradoxalement nourrie des frustrations du nationalisme, incitant les indépendantistes à rêver à d'autres victoires. Mais ce qui est particulièrement frappant, dans le cas breton, c'est le refus du modernisme et de la construction fédéraliste avant même la fondation d'un état. C'est le couronnement même d'une idéologie non maîtrisée et en complète rupture avec la politique française et européenne. Les événements qui se déroulent actuellement devraient inciter les nationalistes et les marxistes bretons à cesser de tromper les gens avec des mots comme " progrès de la démocratie " et " vie démocratique et collective ", et à réfléchir quelque peu à l'avenir de notre société et à sa culture. Peut-on oublier que les Bretons ont voté socialiste en 2004, aux élections régionales, sans grand bénéfice pour la cause bretonne jusqu'à aujourd'hui et surtout sans vraie politique fédéraliste bretonne à l'horizon ? Claude Guillemain Breizh 2004 Mouvement fédéraliste breton et europée
Last modified:
02/01/2006 03:06 AM
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