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Madame, Monsieur,


Vous êtes candidat aux élections européennes. Vous aspirez à faire entendre la voix des peuples d’Europe au sein d’un ensemble institutionnel où les citoyens de base n’ont encore que peu d’occasions de prendre la parole. Nous sommes de ces citoyens, attentifs à l’un des plus beaux projets jamais conçu dans l’Histoire de l’homme, mais alarmés par l’abondance des dérives qui le menacent jusque dans ses fondements même.

Notre belle Europe est minée par le poison le plus insidieux et le plus pervers qui soit, celui de l’ignorance de ses propres enjeux, ignorance délibérée de la part des uns ou inconsciente de la part des autres, aveuglés par les nouveaux dieux que leur proposent les conformismes du jour, la primauté de l’individu sur la personne et de l’égoïsme sur le collectif.

Si vous voulez être la voix des peuples, si vous prétendez les représenter et leur rendre la parole, il vous appartient de leur dire la vérité et de combattre l’indifférence ambiante à l’égard d’une Europe qui conditionne leur vie future et celles des générations à venir et qui leur promet, s’il n’est pas mis fin aux dérives qui la menacent, des réveils douloureux et explosifs.

Que sont ces dérives menaçantes et ignorées ? Ce n’est pas tant l’absence d’union politique, elle a besoin de maturation, ce n’est pas la complexité ou l’hypertrophie de la « tuyauterie » institutionnelle, qui nourrissent le débat pour mieux camoufler l’essentiel. C’est au contraire, et principalement, la présence insidieuse, quotidienne, pénétrante, à tous les niveaux des instances décisionnelles en Europe, d’une pensée unique, qui s’exprime à travers un modèle économique, social, culturel et linguistique unique, au mépris du respect le plus élémentaire de la diversité des identités, des cultures, des langues, laquelle constitue le fondement du projet européen et justifie sa vocation première de « jeteur de ponts » et constructeur du dialogue et de la paix entre les peuples. Ce n’est pas en ignorant les différences, en privilégiant la domination d’une culture et d’une langue sur les autres, que l’on bâtit le « sentiment d’appartenance » des citoyens européens à une communauté de destin. C’est au contraire en respectant la richesse de leur diversité, qui nourrit l’esprit de curiosité et d’ouverture à l’Autre.

Nier cette diversité, broyer les identités dans une « soupe » d’efficience vouée au culte du court terme et de la loi du marché, c’est se préparer à des lendemains inquiétants et à des risques d’explosion de haine et de rejet violent du modèle.

Le premier des droits à la différence, c’est le droit au respect de sa langue, qui est au c½ur de toute référence identitaire.

Il y a quelques jours, lorsqu’un citoyen de base s’adressait au téléphone à la Commission européenne, cette dernière lui répondait en anglais. Ce n’était qu’une simple alerte, une tentative, heureusement avortée grâce aux nombreuses réactions indignées qu’elle a suscitées, de banaliser l’idée d’une Europe institutionnelle naturellement anglophone. Mais c’était aussi un symptôme, un parmi bien d’autres, révélateur d’une dérive inacceptable qui gangrène le sens même d’une Institution supposée représenter l’intérêt de l’Europe dans son ensemble et non d’une fraction de sa population, dont la prégnance dans le travail quotidien de l’Institution, par la langue et le mode de pensée, devient proprement insupportable.

Les citoyens européens que nous sommes, fiers de leur citoyenneté et conscients de leur devoir d’électeurs, ne vous disent pas : « Nos identités sont en danger, détruisez l’Europe ! ». Ni europhobes, ni eurosceptiques, ils vous disent au contraire : « Faites-nous plus d’Europe, donnez aux Institutions les moyens d’agir et de faire respecter la diversité culturelle et linguistique, ne laissez pas cette diversité abandonnée à la loi du marché, détruisez le poison qui corrompt les Institutions et les met au service d’un nouvel impérialisme qui ne dit pas son nom, faites parler le peuple à travers le Parlement européen, gardien de cette diversité! ».

Ils vous demandent d’oser rompre le silence pesant de tous les partis, de tous les dirigeants, et même de ceux qui se disent « conventionnels », sur la question des langues d’Europe, d’enfin briser le tabou, tacitement admis par tous sur un sujet sensible au c½ur de chacun et donc supposé dangereux pour la tranquillité des esprits.

C’est l’inverse qui est dangereux, c’est le silence, dont il faudra bien, tôt ou tard, payer le prix fort, s’il persiste.

C’est donc à bras le corps qu’il faut dès maintenant agir et répondre aux interpellations des citoyens d’Europe, ces citoyens qui vous demandent aujourd’hui d’exprimer publiquement votre avis sur les 7 propositions suivantes :

1) traquer impitoyablement toute dérive tendant à entériner l’idée d’une langue unique européenne ; interdire, par voie de droit, à toutes les Institutions européennes, et notamment à la Commission, de s’exprimer dans toute communication publique écrite ou orale, sur tous leurs sites Internet, dans tous leurs standards téléphoniques, dans toutes leurs relations avec la presse, dans une langue unique, quelle qu’elle soit ; interdire également toute discrimination linguistique, toute exigence d’une langue maternelle unique, à l’embauche dans toute Institution ou toute entité ayant un lien quelconque avec les Institutions européennes ;

2) interdire toute communication publique sur un financement communautaire, notamment par voie d’appel d’offres ou d’appel à propositions, directement ou par l’intermédiaire d’organes d’exécution, dans une langue unique ;

3) rendre obligatoire, dans toutes les Institutions, la mise à disposition du personnel de tous les instruments informatiques multilingues disponibles, sans qu’aucun prétexte de coût de gestion ne puisse venir s’y opposer ;

4) élargir le cercle des langues de travail de la Commission à d’autres langues représentatives du poids démographique et de la mémoire des peuples d’Europe, de sorte que soit, en tout état de cause, respecté l’équilibre historique entre les traditions gréco-latines et celles de l’Europe du Nord ;

5) doter tous les services de traduction et d’interprétation des moyens de faire face aux impératifs techniques résultant du strict respect du multilinguisme des Institutions, sans qu’aucun prétexte de coût de gestion ne puisse venir s’y opposer ; lancer une étude approfondie de la faisabilité de l’utilisation systématique d’une langue pivot culturellement neutre, dès lors que son usage est limité à un rôle technique de facilitation des travaux d’interprétation ;

6) inscrire dans le marbre de la future Constitution européenne ou d’un texte d’interprétation de celle-ci, ayant force légale, le principe du droit d’ingérence de l’Europe dans les systèmes éducatifs des États membres afin de faire respecter une règle impérative de non-discrimination dans l’enseignement des langues et d’équilibre entre l’apprentissage de langues issues des traditions gréco-latines et celui de langues issues des traditions de l’Europe du Nord ; rendre obligatoire pour les pays du Nord l’apprentissage d’au moins une langue du Sud et pour les pays du Sud l’apprentissage d’une langue du Nord, sans discrimination entre ces dernières ;

7) encourager dans toutes les écoles d’Europe l’apprentissage d’au moins deux langues étrangères, dont une langue dite « de voisinage » ; encourager également l’apprentissage des langues antiques fondatrices des cultures européennes, des langues régionales et des langues des populations européennes issues de l’immigration.

Nous comptons sur vous, Madame, Monsieur, pour faire de l’Europe un espace privilégié d’épanouissement de sa richesse culturelle et linguistique, le creuset du dialogue des peuples et non pas son tombeau.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de notre reconnaissance anticipée pour votre réponse et nos v½ux de succès dans votre future mission de représentant des peuples d’Europe.



Les signataires

M. Davis Baz, Infirmier, Bois-Colombes

M. Thierry Decours, Infographiste, Bruxelles

M. Louis Delagarde, Officier Honoraire, Villey Saint Etienne

M. Gwenael Emelyanoff, Agrégé de l\'Université, Quimper

M. Charles Etchezaharreta, Retraité de l\'E.N., Hasparren

M. Pierre Yves Gromellon, Ingénieur Informaticien, Bruxelles

M. Claude Guillemain, Expert International, Trégastel

M. Alain Henry de Frahan, Expert International, Bruxelles

M. Gwenael Kaodan, Ingénieur, Paris

M. Emile Mas, Enseignant Retraité, Galapian

M. André Meunier, Chevalier LH Officier ONM, Vincennes

M. Jean-Jacques Pierre, Ingénieur, Saint-Nazaire

M. Germain Pirlot, Enseignant Honoraire, Oostende

M. Eric Vallerie, Professeur des Ecoles, La Réunion

Last modified: 11/09/2005 03:18 PM

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