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L’Europe, espoir des fédéralistes et des régionalistes


Les militants bretons, basques, occitans ou alsaciens comptent sur Bruxelles pour vaincre le jacobinisme français

 

On pourrait les caricaturer en représentants chagrins d’une France du passé, en porte-parole nostalgiques d’un folklore aux relents pétainistes, en défenseurs ringards - et parfois violents - de terroirs obscurs, à contre-courant de la modernité. On pourrait aussi les croire condamnés. Et l’on aurait tort. Bien sûr, les militants des partis régionalistes français sont une poignée. Mais ils gardent leur optimisme, persuadés de compter dorénavant, et pour longtemps, un allié objectif de poids: l’Europe.


Depuis 1995, Savoyards, Bretons, Alsaciens, Occitans, Corses, Catalans et Basques se sont regroupés au sein d’une fédération, Régions et peuples solidaires, qui tenait son université d’été et son congrès la semaine dernière à Argelès-sur-Mer (en «Catalogne nord», selon la novlangue des intéressés; dans les Pyrénées-Orientales, en français courant). Conscients que, par-delà leur diversité, ils mènent un combat commun. «Nous souhaitons promouvoir nos cultures et imposer à la France un modèle fédéral, avec des degrés d’autonomie différents selon les régions», explique Christian Guyonvarc’h, secrétaire général de la fédération, porte-parole de l’Union démocratique bretonne (UDB) et par ailleurs vice-président du conseil régional de Bretagne.
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Le combat régionaliste est un combat qui, en général, recueille une audience confidentielle. En dehors des Verts (avec lesquels ils mènent régulièrement des batailles électorales) et de quelques individualités (les anciens ministres Jack Lang et Michel Rocard à gauche, le président de la région Alsace, Adrien Zeller, à droite), les régionalistes manquent de relais dans la classe politique. De plus, dans l’esprit commun, «régionalisme» rime avec FLNC et ETA. «Nous souffrons de cette confusion, reconnaît Gustave Alirol, président du Parti occitan et de Régions et peuples solidaires. C’est injuste: les partis réunis au sein de notre fédération sont strictement respectueux des règles démocratiques, condamnent l’utilisation de la violence et demandent l’autonomie, non l’indépendance. Mais c’est ainsi.»


De l’Alsace au Midi


Ces partis pâtissent aussi de leurs liens supposés avec l’extrême droite: des militants bretons n’ont-ils pas frayé avec l’occupant Allemand? Des hommes comme Maurice Barrès et Charles Maurras n’ont-ils pas chanté la grandeur des terroirs? «Cette tendance existe, constate Guyonvarc’h, mais elle est ultraminoritaire. Pour notre part, nous sommes un mouvement ouvert. Notre charte précise explicitement que nous combattons toutes les formes de racisme et de xénophobie. On peut être régionaliste sans sombrer dans le repli identitaire, tout comme on peut être patriote sans être xénophobe. Nul ne songerait à confondre Le Pen et de Gaulle sous prétexte qu’ils prétendent tous deux défendre la nation. Je demande à nos adversaires de ne pas établir la même confusion.»


Dans un pays comme la France, marqué par deux siècles de jacobinisme, ces obstacles culturels pèsent néanmoins très lourd. Et les militants régionalistes auraient tout lieu de perdre confiance. Mais, si leur discours est imperceptible dans l’Hexagone, il est banal en Europe, où c’est le modèle centralisé à la française qui est marginal. Et, selon eux, cela change tout. De fait, les régions italiennes, britanniques, allemandes ou espagnoles disposent d’une autonomie beaucoup plus large que leurs homologues françaises. Et le droit européen autorise une région à investir dans un Etat voisin. Ce que se sont empressés de faire la Catalogne et le Pays basque espagnols chez leurs cousins français. Avec une cible privilégiée: le financement des écoles en langue régionale que l’Etat français, lui, freine. «Non seulement la France est isolée, mais elle est en pleine contradiction, pointe Gustave Alirol. A Bruxelles, elle se bat contre l’hégémonie de l’anglais. En Amérique du Nord, elle soutient le combat des Québécois. Mais elle refuse de faire vivre cette diversité culturelle sur son propre sol!»


Leur conclusion est simple: «L’intégration européenne obligera peu à peu la France à évoluer.» Et le slogan est même tout trouvé: la chance des régions françaises, c’est l’Europe.
Last modified: 11/09/2005 11:28 AM

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