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Denis de Rougemont (1906-1985)
L'homme, ses actions :

Saint-John Perse a dit de lui " Dans son extrême complexité d'Européen, il apparaît sur notre front occidental comme le plus représentatif de ce qui pourrait être au regard de l'histoire, une figuration scientifique de l'Homo Europeanus. "

Denis de Rougemont naît en 1906 d'une famille protestante suisse. D'abord attiré par la chimie, il s'en détourne après le bac pour entrer à la faculté des lettres de Neuchâtel. Il poursuit ses études à Vienne, en 1927 et 1928, où il fait la connaissance de Richard de Coudenhove-Kalergi il relit pour lui des traductions françaises de Paneurope. Il rédige ensuite des articles qui lui permettent de se faire remarquer, notamment un violent pamphlet sur Les méfaits de l'instruction publique, en 1930. Il est alors appelé à Paris pour s'occuper d'une maison d'édition protestante : les éditions Je sers. Celles-ci font faillite en 1933.

Par la suite, Denis de Rougemont collabore à deux revues personnalistes : l'Ordre nouveau, revue du mouvement du même nom créée par Alexandre Marc en 1931, et la revue Esprit, créée à la même époque par Emmanuel Mounier. Par ailleurs, Denis de Rougemont anime, de 1930 à 1938, le mouvement français de l'Ordre nouveau. L'approche " personnaliste " du fédéralisme dépasse la simple élaboration d'une Constitution fédérale : elle met l'accent sur la transformation générale de la société et des rapports humains. Ainsi, la " révolution personnelle " a pour finalité l'homme plutôt que le pouvoir et dénonce l'Etat-nation moderne et l'illusion de la Société des Nations. Le fédéralisme doit partir d'en bas, des hommes et non des institutions. Il développe cette relation logique personne-politique-fédéralisme dans Politique de la personne, publié en 1934.

En 1940, Denis de Rougemont est mobilisé dans l'armée suisse. Suite à l'invasion de Paris par les troupes allemandes, il publie un article dénonçant l'hitlérisme dans la Gazette de Lausanne. Il participe ensuite à la création de la Ligue du Gothard. Cette organisation de nature politique pose comme principe la primauté de la personne et de l'esprit, la responsabilité personnelle comme condition essentielle de la liberté et le fédéralisme comme antithèse du totalitarisme. Ses articles déplaisant à l'Allemagne, il est envoyé aux Etats-Unis par les autorités suisses pour une mission culturelle. Il y reste jusqu'en 1946.

A son retour en Europe, Denis de Rougemont adhère à l'Union européenne des fédéralistes (UEF), créée en décembre 1946. Lors du premier Congrès de l'UEF à Montreux en 1947, la réunion d'un congrès rassemblant tous les mouvements européens est proposée. Celui-ci a lieu, en décembre 1948, à La Haye. Denis de Rougemont participe à sa préparation au sein de la commission culturelle. Il rédige un rapport avec l'aide d'Alexandre Marc et Kenneth Lindsay, dans lequel la création d'une Cour des droits de l'homme et d'un Centre européen de la culture est proposée. Ce dernier aurait pour mission de " promouvoir le sentiment de l'unité européenne ". Selon Denis de Rougemont, l'unité culturelle européenne, qui est un fait, est la base la plus solide pour construire une union fédérale en Europe. Il se prononce également en faveur d'une Europe des régions et démontre l'importance stratégique, pour l'Europe, des expériences de coopérations transfrontalières.

En février 1949, un bureau d'étude est constitué afin de mettre en place la première conférence européenne de la culture, qui a lieu en décembre 1949. Le 7 octobre 1950, le Centre européen de la culture ouvre ses portes. Il obtient des résultats dans divers domaines : création de l'Association des Instituts d'Etudes Européennes en 1951, rassemblant les premières grandes écoles vouées à l'enseignement spécifique de l'Europe (Bruges, Turin, Nancy…), création de la communauté européenne des Guildes et Clubs du livre en 1953, création d'un prix littéraire européen la même année, création d'un pool d'agences de presse, création d'actualités européennes, création d'un service de presse en trois langues en 1956 et enfin, création de la Fondation européenne de la culture le 16 décembre 1954.

Souhaitant sensibiliser un large public, Denis de Rougemont lance, en 1961, une " Campagne d'Education civique européenne ". Elle consiste en l'organisation de stages de formation pour les enseignants du premier et du second degré dans toute l'Europe occidentale. En dix ans, plus de 32 stages sont organisés. Cependant, suite à des problèmes financiers, cette initiative, reprise en premier lieu, en 1975, conjointement par le Conseil de l'Europe et la Communauté économique européenne (CEE), est abandonnée.

En 1963, à Genève, Denis de Rougemont fonde l'institut universitaire d'Etudes Européennes, divisé en trois sections : Histoire et culture, Economie et Sciences politiques. Portant désormais le nom de Institut Européen de l'Université de Genève, il dispense un enseignement pluridisciplinaire. A partir de 1978, Rougemont cesse ses fonctions de professeur et de directeur à l'Institut. Il reste tout de même Président du Centre culturel européen. Il décède le 6 décembre 1985.

*Saint-John Perse, "Rougemont l'Occidental", Denis de Rougemont, l'Ecrivain, l'Européen, études et témoignages publiés pour le soixante-dixième anniversaire de Denis de Rougemont, par André Reszler et Henri Schwamm, Neuchâtel, 1976, p.1

Ses idées :

" Il est vrai que l'Europe est en train de se défaire: elle n'a jamais été plus menacée, plus divisée devant le péril, plus angoissée et sceptique à la fois. Mais il n'est pas moins vrai que pour la première fois dans toute sa longue histoire, consciemment l'Europe est en train de se faire. Telle est la situation contradictoire dans laquelle nous sommes engagés. Il dépend de nous en partie que l'espoir ait raison du désespoir mais il faut aller vite et bien savoir où l'on va. " (Extrait des Œuvres complètes, III, Ecrits sur l'Europe, vol.I, 1948-1961)

" Il est grand temps de définir la visée humaine qui doit présider à cette action, la vocation de notre Communauté européenne. " (idem)

" Pour quelles fins réelles voulons-nous ces moyens de culture et cette éducation d'une conscience commune de l'Europe ?

L'Europe s'est de tout temps ouverte au monde entier. A tort ou à raison, par idéalisme ou par ignorance, en vertu de sa foi ou dans des vues impérialistes, elle a toujours conçu sa civilisation comme un ensemble de valeurs universelles. Il ne s'agit pas pour nous d'opposer une nation européenne aux grandes nations de l'Est et de l'Ouest, ni de vouloir une culture européenne synthétique, valable pour nous seuls et fermée sur elle-même. Notre ambition est de contribuer à l'Union de nos pays qui sera le seul moyen d'une renaissance de leur culture dans la liberté de l'esprit. " (Conclusions du rapport présenté à la Conférence de Lausanne, extrait des Œuvres complètes)

" L'Europe doit être et devenir de plus en plus le lieu du monde où la personne humaine puisse encore faire entendre sa voix. " (Extrait des Œuvres complètes, III, Ecrits sur l'Europe, Vol.I, 1948-1961)

Bibliographie :

Denis de Rougemont, Vingt-huit siècles d'Europe, Payot, Paris, 1961

Denis de Rougemont, Ecrits sur l'Europe, La Différence, Paris, 1994

Denis de Rougemont l'Européen, Fondation Jean Monnet, Centre de recherches européenne, Lausanne, 1991, 458 p.


Pour en savoir plus :

Fondation Jean Monnet pour l'Europe
Ferme de Dorigny
CH-1015 Lausanne
Tel.: 00.41.21.692.20.90
Fax : 00.41.21.692.20.95
Mèl : claire.camperio@fjme.unil.ch
 

Institut Européen de l'Université de Genève
2 rue Jean-Daniel Colladon
CH - 1204 Genève
Tél.: 00.41.22 705 78.50/51
Fax: 00.41.22 705 78 52
http://www.unige.ch/ieug/

Fondation européenne de la culture
5, Jan van Goyenkade
NL-1075 Amsterdam
Tél.: 00.31.20.676.02.22
Fax : 00.31.20.676.22.31
http://www.eurocult.org

Comité français de la Fondation européenne de la culture
c/o Transeuropéennes
116, rue du Bac
F-75007 Paris
Tél. : 01.45.44.47.33
Fax : 01.45.48.72.41
Last modified: 11/09/2005 11:22 AM

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