Manifeste du Parti Nationaliste Breton

Voici leDrapeau_breton_1870élaboré en 1912 par Camille le Mercier d’Erm et Louis-Napoléon le Roux (qui refusa de servir la France en 1914) et signé notamment par le barde Yann-Bêr Kalloc’h, l écrivain Emile Masson. A signaler que Louis-Napoléon le Roux s’engagea auprès des nationalistes irlandais lors de la semaine de Pâques 1916. Pour le Séparatisme inaugure le nationalisme breton contemporain. .

POUR LE SÉPARATISME
I. Le parti nationaliste breton, fondé récemment par quelques hommes jeunes et décidés, a pour but de grouper toutes les énergies irrédentistes de notre pays pour protester toujours et quand même contre l’oppression francaise que nous subissons depuis quatre siècles.

II. II n’est pas dans l’esprit ni dans les intentions du parti d’échafauder dans le vide un palais- de nuages, mais seulement de préparer la résurrection bretonne en créant un vaste mouvement de protestation et de réprobation vis-à-vis du peuple francais qui nous gouverne contre notre gré et qui nous prive injustement de I’indépendance nationale à laquelle nous avons droit.

III. Nous voulons qu’en ce XXème siècle, après une trop longue période de domination brutale de la part de la France et de soumission résignée de la part de la Bretagne, notre attitude ait la valeur d’une protestation irréductible. Nous sommes donc, avant tout, non des conspirateurs, mais des protestataires.

IV. On nous a successivement volé notre indépendance nationale, puis nos libertés et franchises provinciales ; on a violé sans cesse le traité de 1532 qui assurait à notre pays ces libertés et ces franchises, avec le privilège d’un Parlement et le droit de porter sur ses armes, à defaut de la couronne fermée, le bonnet d’hermine cerclé d’or. (Dérisoire compensation, il est vrai, en regard de ce que nous avions perdu !) — Depuis la Révolution franchise, la situation a empiré. Aujourd’hui, la sournoise persécution de nos maîtres — d’autant plus dangereuse qu’elle se dissimule et creuse des galeries souterraines dans notre vieux sol — cherche à nous arracher notre langue et nos coutumes, nos traditions civiles et religieuses, tout ce qui reste de l’ancien patrimoine national, tout ce qui fait notre orgueil et notre joie. Nous nous y opposons de toutes nos forces et nous revendiquons l’héritage de nos ancêtres.

V. On nous croit écrasés, annihilés, assimilés, francisés. C’est faux ! II y a encore dans l’âme bretonne quelque chose qui résiste et qui survit, quelque chose qu’on a voulu étouffer et anéantir, mais qui demeure aujourd’hui aussi vivace et robuste qu’au temps de notre indépendance, et cela, conscient ou inconscient, c’est le SENTIMENT NATIONAL.

VI. Nous ne reconnaissons ni « grande », ni « petite » patrie. Nous ne reconnaissons que LA PATRIE, une seule patrie: La Bretagne. — II existe, d’autre part, vers l’Est, une autre patrie, celle de nos ennemis : la France, qui, apres avoir escamoté le libre duché de nos pères, au moyen d’un mariage forcé, suivi d’un traité également imposé et d’ailleurs violé par la suite, nous maintient, depuis 1491, 1532 et 1793, dans une servitude toujours plus outrageante.

VII. Nous pnsons qu’il est temps de nous révolter contre cette domination arbitraire et déloyale et de faire cesser cette équivoque. II y a chez nous un certain état d’âme, un certain malaise économique et surtout politique, qu’on ignore ou qu’on veut ignorer en France. Cet état d’âme, nous sommes prêts à tout pour obtenir qu’on le prenne enfin en considération. Ce que n’ont pas osé faire et dire les régionalistes, nous le ferons et nous le dirons.

VIII. Nous ne saurions accepter, en effet, la thèse régionaliste, humiliante pour notre amour-propre et notre dignité de Bretons. Nous considérons la Bretagne, non comme une région du territoire français. mais comme une NATION originale, asservie et opprimée comme la Pologne et I’lrlande, mais qui n’en conserve pas moins un caractère national profondément distinct.

IX. Or, nous pensons que le premier devoir d’une nation, le principe même de toute nationalité, c’est l’indépendance. Quand un peuple a perdu son indépendance, il doit tendre uniquement à la reconquérir et ne jamais cesser de la revendiquer.

X. C’est pourquoi nous la réclamons pour notre pays, estimant que tout autre état que l’état d’indépendance est indigne de la Bretagne.

XI. Nous formulons donc, en deux termes complémentaires de la même idée, le principe de nos revendications : séparation intégrale d’avec la France ; indépendance politique de la nation bretonne.

XII. Nous reconnaissons et saluons, comme seul emblème de notre patrie, l’étendard blanc moucheté d’hermines, à l’exclusion du drapeau tricolore de la France.

XIII. Nous reconnaissons la langue bretonne pour notre seule langue nationale, et nous voulons que, sur tout le territoire de la haute et basse Bretagne, elle soit enseignée comme telle aux enfants de notre pays.

XIV. Nous adoptons comme hymnes nationaux : Bro goz ma Zadou et Sao, Breiz-lzel, consacrés par l’entente de tous les groupes bretons, et nous ignorons et rejetons résolument La Marseillaise.

XV. Nous faisons appel à toutes les énergies, à toutes les intelligences et à toutes les consciences bretonnes pour organiser et opposer avec nous une résistance inébraniable à l’intrusion étrangère.

XVI. Nous avons confiance en la générosité de notre effort désintéressé. Nous nous honorons de perpétuer la tradition séparatiste des Mercoeur, Pontkallec, Talhouet, Montlouis, Couëdic, La Chalotais, et de tant de héros obscurs ou glorieux. Nous croyons en l’âme bretonne et, forts de notre droit, conscients de notre devoir, proclamant très haut ce que beaucoup d’autres pensent en leur coeur timoré, nous sommes décidés à lutter sans concession pour le principe d’indépendance et à conformer loyalement notre conduite aux exigences d’un patriotisme exclusif et à l’esprit intégral de notre devise : BREIZ D’AR VREIZIZ : – LA BRETAGNE AUX BRETONS !

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