BART DE WEVER TRIOMPHE À ANVERS

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Non, ce succès n'est pas dû à la crise

Mia Doornaert *
le 05/11/2012
modifié le 05/11/2012 à 11:49h

Vouloir l'indépendance de la Catalogne, de l'Écosse, de la Flandre (ou de la Wallonie) peut paraître une bêtise à beaucoup d'Européens. Mais cela fait partie de la liberté d'opinion. Les partis qui militent, de façon démocratique, pour cette indépendance ne sont donc pas pour autant des partis d'extrême droite. Les mettre sur le même banc avec des partis xénophobes, c'est faire un amalgame qui est faux sur le plan intellectuel et dangereux sur le plan politique €¦/ €¦
Les raisons de ce succès sont nombreuses
Bart De Wever (Alliance néo-Flamande NVA) continue, en réalité, à récolter ce que les partis politiques francophones ont semé après les élections de 2007, en refusant de négocier sérieusement avec le chrétien-démocrate Yves Leterme du CD &V , et les partis néerlandophones classiques : à ce moment, la N-VA n'était que le cinquième parti en Flandre! Ils n'ont pas voulu voir que l'acceptation de certaines vieilles revendications flamandes, comme la scission de Bruxelles-Halle-Vilvorde, était une condition sine qua non pour apaiser les relations communautaires.
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Bart De Wever : une victoire ou la défaite des adversaires
Résultat des déboires du formateur et premier ministre Yves Leterme: colère flamande, déception des électeurs envers le CD&V et les autres partis "mous", et transfert de voix vers la N-VA lors d'élections successives, avec la victoire de la N-VA lors des élections législatives de 2010. Après la longue crise, et sous l'impulsion d'Elio di Rupo, socialiste et Premier ministre du gouvernement belge, qui s'était enfin rendu compte de l'état d'esprit au nord du pays, des blocages tenaces ont enfin été levés. Mais les électeurs flamands n'en ont pas su gré aux partis flamands au gouvernement. Beaucoup en ont tiré une autre leçon: c'est grâce à Bart De Wever que les autres partis flamands cette fois-ci ont tenu bon et sont venus à bout de l'intransigeance francophone. Donc, pour faire respecter la Flandre, il faut renforcer la N-VA.
Même si Elio Di Rupo , est considéré comme un homme plutôt sympathique en Flandre, il ne faut pas oublier l'incompréhension ou l'irritation de beaucoup de Flamands qu'un homme aussi intelligent et cultivé, et qui en plus a des ambitions nationales, ait de si piètres notions du néerlandais, la langue de la majorité des Belges. Ils y voient le énième signe de mépris de la part de beaucoup de Wallons pour leur langue et leur communauté. Et ils se disent que l'on ne peut prétendre vouloir la survie de la Belgique fédérale et en même temps ignorer la langue de majorité des Belges.
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Elio di Rupo
Ce qui est considéré comme un mépris envers la langue et la culture flamande suscite d'autant plus d'incompréhension ou de colère que depuis moult années, il y a des transferts budgétaires massifs de la Flandre vers la Wallonie. D'où un sentiment: nous sommes juste bons à payer, mais pour le reste on nous dédaigne.
Une situation économique inégale

Nous voilà arrivés à la situation économique de la Wallonie et les transferts. La plupart des Flamands trouvent normal qu'il y ait une solidarité entre les parties différentes du pays. Ce qui les inquiète et irrite c'est que les transferts vers la Wallonie semblent disparaître dans un puits sans fond. L'impression persiste que le PS utilise les transferts pour des allocations sociales très généreuses qui installent les gens dans une "culture" de chômage et de dépendance, et qui plombent encore plus l'économie wallonne. Alors, le sentiment en Flandre est que l'on veut bien payer pour aider la Wallonie à se relever, mais pas pour continuer une politique archaïque qui manifestement ne marche pas, et qui en fait ressemble plutôt à une politique de clientélisme du PS. D'où l'argument très porteur de De Wever (et pas seulement de lui) que, si la Wallonie veut suivre une politique économique et sociale fondamentalement différente de celle de la Flandre, elle doit en assumer les responsabilités et les coûts, la solidarité ne pouvant pas venir d'un seul côté.
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La crise européenne aidant, Bart De Wever compare cette frontière 'culturelle' en Belgique avec celle qui en Europe sépare les pays du sud dits irresponsables et dépensiers des pays sérieux du nord qui, eux, ont eu le courage de prendre en temps utiles des mesures impopulaires pour préserver l'avenir. Vue la Grèce, qui s'est mise elle-même dans le pétrin où elle se trouve mais où la presse et certains partis traitent maintenant Angela Merkel de tous les noms parce qu'elle ne veut signer un chèque en blanc, cet argument-là ne porte pas mal auprès de l'opinion publique flamande.
Beaucoup de Flamands en effet ne supportent plus de s'entendre reprocher, chaque fois qu'ils critiquent certaines politiques économiques et sociales en Wallonie, que ces critiques ne sont que des prétextes et qu'en fait, ils veulent tout simplement garder leurs richesses pour eux et refusent la solidarité avec le sud du pays.
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Il ne faut pas oublier que le succès de De Wever est dû aussi au fait qu'il a attiré une grande partie des voix qui auparavant allaient au Vlaams Blok/Vlaams Belang. Il y avait un cordon sanitaire autour du VB. Ses blocs d'élus étaient 'gelés' et les voix pour le VB étaient en fait des voix perdues. Alors, beaucoup d'électeurs du VB qui ne sont pas tous des racistes d'extrême droite, loin de là préfèrent transférer leur vote protestataire vers la N-VA pour voter utile. Ceci enlève une 'rente' politique aux partis flamands classiques.. Les partis n'ont pas assez bien compris que le VB n'était pas seulement la fièvre mais aussi le thermomètre, et n'ont pas fait assez pour convaincre et reconquérir son électorat.
Une place pour une UMP belge ?

Il y une place en Flandre pour un grand parti centre-droit, un parti qui dit que ceux qui travaillent doivent gagner plus que ceux qui vivent d'une allocation, qu'il n'y a pas seulement des droits citoyens mais aussi des devoirs, un parti à l'image de la CDU en Allemagne ou de l'UMP en France. C'est sur cette base-là qu'Yves Leterme, alors Premier-ministre avait fait son alliance avec la N-VA qui, à ce moment, était le petit parti d'appoint.
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Yves Leterme
Le VLD ( libéraux et démocrates flamands) de Guy Verhofstadt avait lui aussi l'ambition de devenir le grand parti populaire en Flandre. Mais le CD&V et le VLD n'ont jamais voulu dire clairement qu'ils étaient de (centre-) droite, et ont trop cultivé une image de 'gauche', le CD&V à cause de son aile syndicaliste (ACV) en gauchiste (ACW), le VLD avec ses positions en pointe sur les questions éthiques.
Résultat: c'est la N-VA ( Alliance néo-Flamande) qui est en train de devenir ce parti populaire. Il n'attire pas seulement beaucoup d'anciens électeurs démo-chrétiens, mais risque aussi de laminer le VLD car son programme économique et social est le plus libéral de tous les partis néerlandophones. Bart De Wever est très populaire auprès des entrepreneurs et indépendants qui ne critiquent pas seulement la politique belge, mais sont de plus en plus excédés par la manie de réglementation de la part du gouvernement et de l'administration flamandes.
Un électorat composite

L'électorat de la N-VA est divers et différents électeurs veulent différentes choses: plus de libéralisme économique, moins de tracasseries bureaucratiques et de charges sur les entreprises, plus d'autonomie flamande, des politiques plus actives pour défendre le néerlandais et arrêter la 'tache d'huile' francophone autour de Bruxelles etc.
Il est frappant aussi de constater que la majorité des électeurs N-VA ne veut pas d'un point important du programme de ce parti, c'est-à-dire la scission de la Belgique. Tous les sondages sont là pour le montrer. La meilleure façon de contrer les arguments de M. De Wever contre la Belgique, n'est donc pas de le mettre dans le coin des gens infréquentables, il ne l'est pas. C'est de démontrer, aux électeurs du nord et du sud du pays, que la Belgique a une plus-value et est une plus-value. Cela passe par l'écoute, l'ouverture d'esprit, le refus des schémas "eux contre nous", le respect, le dialogue. C'est tout le contraire des simplismes et amalgames dont semblaient se contenter nos dirigeant européens, M. Di Rupo inclus.
*Mia Doornaert, est ancienne éditorialiste au "Standaard"
Titres, inter et illustrations sont de la rédaction.

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