Goulven Mazeas (1895-1981)

Goulven Mazeas était négociant en pomme de terre de semence à Guingamp et fut, après guerre, président du syndicat des négociants de Bretagne. Il fut le créateur d'une variété nommé "Keltia".

Parallèlement à son activité professionnelle, il eut un engagement marqué dans la culture bretonne et le fédéralisme. Décoré pour son courage au front en 1914-1918, il n'en devint pas moins profondément pacifiste et antimilitariste. En 1930, il se présenta aux élections, à Guingamp, comme candidat du Parti Autonomiste Breton (PAB) mais n'obtint que 376 voix. Quelques temps après, il s'oppose au courant ultranationaliste breton de Mordrel et Debauvais. Après le congrès de Guingamp en août 1931, le PAB se scinde en deux. Les nationalistes les plus intransigeants fondent le Parti National Breton, tandis que Mazéas, Morvan Marchal et Maurice Duhamel fondent la Ligue Fédéraliste de Bretagne en reprenant le programme du PAB. Mazéas devient le président de cette ligue. En 1934, il publia "Social Fédéralisme", puis en 1940, "La Petite Histoire Bretonne de la Pomme de Terre".

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Bien qu'en marge de notre sujet, cet extrait de l'introduction du "Social Fédéralisme" montre qu'en 1930 Goulven Mazéas avait une vision prophètique de la catastrophe qui attendait l'Europe. On ne s'étonnera pas, en lisant ces lignes, de son refus de suivre l'évolution de Breiz Atao dans une spirale qui conduira le mouvement vers la collaboration.

Dans le premier numéro de la revue de la Ligue Fédéraliste de Bretagne, il indique dans son éditorial :

" La vérité, c'est que nos maîtres nous arrachent morceau par morceau le sentiment de ce que nous sommes afin de nous remplir d'un ardent amour pour une prétendue patrie, patrie marâtre déjà adoptée par ceux qui ignorent leur mère patrie €¦ Le sang qu'on nous a fait verser ne témoigne rien, si ce n'est qu'on nous a déjà fait faire une fausse route, que nous avons peut-être renié une nationalité effective pour adopter une nationalité fictive à laquelle notre sang, notre race sont complètement étrangères €¦ "

En 1934, à la fin de la ligue, il rejoint le Mouvement Fédéraliste Breton, avec Gestalen, Francis Bayer du Kern, Morvan Marchal et Rafig Tullou.

Il affirme à cette époque :

" À l'heure où les démocraties croulent, expiant ainsi la faute de n'avoir été démocraties que de nom, quand l'Occident, dans une marche rétrograde, s'engage yeux bandés dans la voie des nationaux-socialismes, ultimes remparts de l'internationale capitaliste, quand par le monde le summum de la civilisation se juge à l'appareil guerrier dont croit devoir se glorifier chaque pays, au raffinement et au grandiose apparat que revêtent les meurtres collectifs organisés et avant que les peuples ne soient enlisés dans la glu paralysante des fascismes, il convient aux éléments encore sains composant l'humanité simplement civilisée, c'est-à-dire dépouillée des bas instincts de l'homme animal, d'opposer aux nationaux-socialismes étroits, égoïstes et barbares, à leur autoritarisme absolu et outrancier, un programme de liberté, de justice et d'humanité, social et international. "

Durant la Seconde Guerre Mondiale, il est arrêté par les Allemands. Sa femme, sa mère et sa fille seront également arrêtées. Sa femme (née Weill) est interrogée par Du Perron de Maurin puis déportée au camp de Drancy.

Après la guerre, il est délégué de l'Union européenne des Fédéralistes au congrès de l'Europe à La Haye en 1948 et président du syndicat des négociants de Bretagne.

Sa fille Claudine Mazeas recueillera dans les années 1960 des chants populaires en breton dans le sud de la région de Guingamp et fera partie des cercles de gauche, animés par Michel Phlipponeau, géographe rennais.

Lire aussi: http://warsavbreizh.blogspot.com/2009/02/une-famille-britto-juive-sauvee-par-le.html

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