Eloge des Girondins et des Fédéralistes

Si nous ne pouvons changer l'histoire de France, qu'il nous soit permis, au moins, d'en tirer les leçons nécessaires à notre existence.

Et parmi les nombreuses histoires, nous retiendrons celle des Fédéralistes.

Les fédéralistes regroupèrent sous la Révolution française les Français qui se sont soulevés en province en réaction à l'élimination des Girondins le 2 juin 1793. C'est un terme qui, à l'époque, était péjoratif. Les insurrections fédéralistes provoquèrent le renforcement de la Terreur et du pouvoir central.

L'historien Jean-Pierre Jessenne previent que, malgré son nom, " la révolte fédéraliste ne vise aucunement à diviser la France […] Les révoltés rejettent à la fois la pression permanente des sans-culottes parisiens ou de leur homologues locaux et l'"anarchie", c'est-à-dire, pour les Girondins, la remise en cause de l'unité nationale par le non respect de la légalité et la menace contre les propriétés "[1].

Plus qu'une remise en cause du centralisme révolutionnaire, le fédéralisme se définit comme une tentative de libérer Paris du joug des sans-culottes.

Je me dois également de souligner que les sans-culottes d'hier et d'aujourd'hui se sont toujours basés sur le fait que la Province (nous dirions plutôt aujourd'hui la Région) voulait plus de pouvoirs et d'autonomie, et que, s'ils n'y prenaient garde, chaque région serait un pays indépendant. Ces pays indépendants pourraient ensuite construire, en Europe, une structure d'intégration politique et économique à partir de fondations plus saines. L'indépendance des régions, devenues souveraines, permettrait leur épanouissement sans devoir incessamment revendiquer des droits ou de l'argent concédés par un gouvernement supérieur. Les mêmes ajoutent qu'il y a certainement dans le fédéralisme une perte évidente de pouvoir, d'argent, de liberté et de démocratie pour les citoyens.

Et si nous arrêtions tout simplement de considérer le gouvernement comme un palier supérieur pour plutôt le voir comme étant subordonné aux États fédérés, disposant d'une légitimité découlant d'une volonté commune d'association, comme le voudrait un réel esprit fédéral? La perte de pouvoir, d'argent, de liberté et de démocratie existe réellement, non pas dans le principe fédéral en lui-même, mais plutôt dans le modèle français centralisé actuel, conçu il y a plus de deux siècles pour une tout autre réalité.

Nous développons depuis un certain temps cette idée de "régionalisme", qui consisterait à tenter de réunir toutes les régions d'un principe central: le palier du Conseil Régional devrait être à la base de la construction de la France moderne. La décentralisation des pouvoirs ne doit pas se faire au seul profit de telle ou telle région, mais au profit de toutes, en considérant qu'un trop grand déséquilibre entre les partenaires fédérés mènerait tôt ou tard à des crises profondes. Toutes les régions doivent plutôt s'unir pour remettre à l'honneur l'esprit réel du fédéralisme: une union d'entités politiques consentantes se dotant d'institutions communes, mais n'étant pas inférieures à elles, bien au contraire.

Bien entendu, une telle ambition ne sera pas une mince affaire à traduire dans la réalité. Il existe toutefois des indices encourageants. Certaines régions semblent de plus en plus prendre conscience de l'étroitesse de leurs limites et des pouvoirs qui leur sont conférés. Assisterait-on à un réveil des consciences régionalistes ? Peut-être, à la conditiion que la coopération interrégionale soit renforcée. Comme, par exemple, entre Bretagne, pays de la Loire et Poitou-Charentes.

La France, certes, parait qualifiée pour le fédéralisme, autant et plus que bien d'autres pays pour se dévouer à la tâche de fédérer le continent. L'abbé LEMIRE, qui fut un des doyens du Parlement français, l'exprimait en termes magnifiques en un discours qu'il prononçait au chef-lieu de sa circonscription, à Hazebrouck, le 14 septembre 1903 : " D'un côté de l'Océan, la France puise dans le réservoir celtique la vaillance des chevaliers bretons, dont les histoires et les poétiques légendes ont fait le charme étrange de ce pays et contribuent encore à lui conserver sa noblesse et son originalité."

Un effort de renversement de perspective dans la conception du fédéralisme en France passerait par une réécriture approfondie de notre constitution, ce qui nous permettrait de mettre à jour ce document devenu peu pertinent pour notre époque et n'ayant subsisté que par la force des désaccords et du statu quo. Ce serait un exercice certes exigeant, mais qui mériterait d'être tenté ne serait-ce que pour essayer d'établir une réforme dans une optique nouvelle et plus équitable.

Avant de nous tourner définitivement vers le fédéralisme, je crois donc que nous aurions tout avantage à voir la question du fédéralisme en Europe d'un oeil nouveau et à tenter d'y apporter des solutions plus adaptées à la réalité moderne. La France, certes, parait qualifiée, autant et plus que bien d'autres pays pour se dévouer à la tâche de fédérer le continent européen.

""L'abbé LEMIRE, qui fut un des doyens du Parlement français, l'exprimait en termes magnifiques en un discours qu'il prononçait au chef-lieu de sa circonscription, à Hazebrouck, le 14 septembre 1903 : " D'un côté de l'Océan, la France puise dans le réservoir celtique la vaillance des chevaliers bretons, dont les histoires et les poétiques légendes ont fait le charme étrange de ce pays et contribuent encore à lui conserver sa noblesse et son originalité." (extrait de l'excellent blog de Jean-Marie Gantois http://www.jeanmariegantois.com/ )

[1] Jean-Pierre Jessenne, Histoire de la France : Révolution et Empire 1783-1815, Paris, Hachette, 1993, p.141

Pour BREIZH 2004
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Claude GUILLEMAIN

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Fondé en 2004, BREIZH 2004 a pour mission de soutenir et de diffuser des recherches et des textes d'opinion sur des sujets touchant le développement de la Bretagne en Europe. Lieu d'échanges, de concertation et de débats entre les groupes et les individus qui réfléchissent et agissent pour bâtir la Bretagne, BREIZH 2004 se situe au carrefour de l'observation et de l'action. Il a pour but de susciter la réflexion sur les enjeux d'actualité qui concernent la Bretagne et l'Europe. BREIZH 2004 défend le concept de fédéralisme intégral, de fédéralisme fiscal et de localisme dans le cadre des institutions et dans le cadre de la société.

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