Nous et les Autres

"Contrairement à ce que prétendent les tenants du formalisme " républicain ", ce ne sont pas les communautés qui menacent la République, mais la fragmentation individualiste ajoutée au jacobinisme ambiant qui suscite des affirmations communautaires pathologiques. Le " communautarisme " est la conséquence logique d'une société qui se refuse à faire droit aux revendications identitaires. Les poussées " communautaristes " ne sont pas la cause de la désintégration de la République, mais la conséquence logique de ses dysfonctionnements.

Elles expriment moins un rejet qu'une réaction de dépit. C'est l'anomie résultant de la " neutralité " des sociétés libérales qui pousse les communautés à s'affirmer comme des groupes exclusifs, fermés les uns aux autres. Le déni de reconnaissance pousse en effet les groupes à s'affirmer sans plus se sentir liés par une structure et une loi communes, sans plus reconnaître la nécessité d'un espace argumentatif commun. Seule peut faire face à ce danger la mise en Å“uvre d'une politique de reconnaissance des différences associée à une extension de la participation démocratique et à un renouveau de la notion de citoyenneté fondé sur le principe de subsidiarité. Loin que l'existence de groupes identitaires soit incompatible avec la démocratie, la reconnaissance des communautés peut au contraire créer les conditions d'une meilleure participation à la vie publique. La démocratie consiste à reconnaître l'égalité politique des citoyens, pas à nier leurs particularités aussi longtemps que les attributions juridiques qu'elles entraînent restent compatibles avec la loi commune. Résumons : il s'agit de faire en sorte que la diversité cesse d'être extérieure à la citoyenneté, que la citoyenneté cesse d'être synonyme d'uniformité."

Alain de Benoist

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