Breizh-2004.org

June 28, 2008

Mouvement Fédéraliste Français « La Fédération »

Filed under: Uncategorized — Kaletfwlch @ 5:12 am

Mouvement Fédéraliste Français « La Fédération »

Fondé en 1944, « La Fédération » qui adhère à la fois au Mouvement Européen et à l’Union Paneuropéenne est principalement un catalyseur d’initiatives oeuvrant pour la décentralisation, l’unification européenne et le développement des corps intermédiaires dans la société.

Largement pluraliste sur le plan politique, le Mouvement fédéraliste français « La Fédération » s’inspire des idées proudhoniennes en appliquant le principe fédéraliste à l’organisation de la société. Le principe de subsidiarité s’applique ainsi tant de façon verticale (la commune, le « pays », la région, la nation, l’Europe) que de façon horizontale (répartition des fonctions entre les corps intermédiaires de la société : institutions politiques, entreprises, syndicats, familles, associations, églises, etc.).

« La Fédération » mène ainsi une action discrète mais continue depuis 60 ans dans ces divers secteurs ; à titre d’exemples, la création des premiers jumelages européens, la publication de l’ouvrage « Le désert français » (J-F. Gravier), l’essor des mouvements d’élus locaux, l’émergence de la notion de « pays », etc.

Ces dernières années, « La Fédération » a notamment été un membre actif du Comité d’Action pour l’Union Européenne, issu du cercle Chateaubriand qu’elle avait fondé. Elle participe actuellement aux activités du Carrefour des Acteurs Sociaux et au développement du « Partenariat Eurafricain »®.

Président : Laurent Grégoire
Secrétaire Général : Joël Broquet
Trésorier : Etienne Kling

Contacts : Joël Broquet Tél :               01 43 14 08 13       
mél : lafederation@lafederation.fr

June 27, 2008

Le problème est plus politique que culturel

Filed under: Uncategorized — Kaletfwlch @ 3:10 am

Puisque les sénateurs français (et bretons) ont allègrement tout mélangé, les langues régionales et le séparatisme, le culturel et le politique, n’ayons pas peur des mots: MERCI LES SÉNATEURS !
En effet, vous avez en une séance (pas trop dure j’espère) confirmé ce que nous affirmons depuis si longtemps: LE PROBLÈME BRETON (basque, occitan, flamand, alsacien etc..) EST POLITIQUE, PAS CULTUREL.

On peut dire, sur le sujet, encore bien des choses en somme.

Historique

Le traité de 1532, régissant l’Union entre la France et la Bretagne, a été unilatéralement violé par les représentants de la France pendant la fameuse nuit du 4 août. Les députés bretons contestataires furent emprisonnés. Selon les normes du droit international, la constitution française n’a pas à s’appliquer en Bretagne. La reconnaissance constitutionnelle du breton par les autorités françaises constituerait un acte de bonne volonté rapprochant la France de la norme internationale. 

Juridique

La France ne reconnait que des droits individuels et aucun droit collectif. On se demande alors quelle est la légalité des syndicats (groupement professionnel) , des écoles privées (groupement philosophique) , de la parité voire des allocs (groupement sur la base du genre), sans parler de la décentralisation, de la discrimination positive, voire des places de stationnements pour handicapés. Il faut avoir l’esprit bien méfiant pour imaginer qu’un corpus législatif -en infime partie existant mais rarement appliqué- facilitant le développement du breton puisse mettre à bas l’édifice républicain. Il se met à bas lui-même, entre autre par sa rigidité sur cette question.

Militant

A chaque revendication, en particulier pour les structures éducatives ou pédagogiques en breton, les militants bretons se voient rétorquer avec une certaine jubilation ou un haussement d’épaule faussement contrit, un obstacle institutionnel ! 

Catholique

Pourquoi l’Église catholique est-elle un des derniers bastions, certes pâlichon, de britophonie ? La droite française traditionnelle, issue de la tradition anti-républicaine, en suçotant le jacobinisme, scie tous les jours le cul sur lequel elle est mollement assise.

International

Si les tentations séparatistes vous font peur : plus de 40% des Gallois parlent le gallois quotidiennement. Les mouvements séparatistes culmine à 5% dans la verte vallée. Par contre, en Écosse, où le gaélique se murmure encore faiblement dans quelques maisons de retraites reculées (0,7% de la population), la tendance séparatiste, assumée pleinement par le SNP a une audience qui dépasse les 40%.

Culinaire

Le Jacobinisme prépare la tarte à la crème que les diplomates du monde lancent à la tête de la France, dès que celle-ci tente de l’ouvrir sur la diversité culturelle. Il faudrait inscrire la gastronomie française au patrimoine de l’UNESCO ! Je me souviens de cette école maternelle du nord de la Bretagne, école Diwan, dont les gosses avaient été expulsés de leur local municipal par la gendarmerie  -sur la photo, je me souviens que les gendarmes avaient l’air gêné, des bambins pleins les bras) , la mairie étant passée aux Jacobins. Leur a-t-on servi du “Duo de lotte et saumon en beurre nantais et son écrasé de fenouil au sirop de xérès “  dans leur désormais très républicaine cantine scolaire ?

Cynique

L’inscription des langues territoriales autochtones de France dans la constitution de la République aura-t-elle plus d’effet que l’inscription de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité  ? Mangerait-ce du pain ? La signature hypocrite de la charte sur les langues régionales ou minoritaire par le trotskyste Jospin avait réussi à démobiliser les militants linguistiques pendant au moins deux ans. Jamais ratifiée, pour cause…d’incompatibilité constitutionnelle.

Européen

Le créole est omniprésent en Guadeloupe sans que cela ne semble poser de problème à nos visiteurs métropolitains. Un Néerlandais ou un Polonais se scandaliserait- il plus d’entendre du breton à Quimper que du catalan à Barcelone, du frison à Leeuwarden, du slovène à Trieste ou du lapon à Utsjoki . 

A galon

Claude Guillemain
BREIZH 2004
http://www.breizh-2004.org

June 25, 2008

Une agitation suspecte : la réforme du sénat dans un Etat unitaire, autoritaire et centraliste.

Filed under: Uncategorized — Kaletfwlch @ 11:12 am

En mai 2008, le groupe socialiste au Sénat  a déposé une proposition de loi relative aux conditions de l’élection des sénateurs. 

L’argumentation développée s’appuie sur le constat d’un déficit de représentativité  du Sénat qui  n’est pas autre chose que le « Grand conseil des communes françaises » décrit par Gambetta en 1875, et sur celui de la sous-représentation des départements et des régions.

Les sénateurs socialistes ajoutent «  qu’ils ne peuvent accepter l’existence d’une assemblée politique où l’alternance est de facto interdite. C’est un déni évident de démocratie que le Sénat ne puisse jamais changer de majorité et soit ainsi réservé à la droite »

En filigrane, ce qui sous-tend  la démarche est le désir profond de la gauche de pouvoir devenir un jour majoritaire au sénat. Si le mode d’élection actuel lui était favorable,  on ne l’entendrait sans doute pas s’émouvoir sur cette chambre.

 

Peut-on réformer cette « anomalie », c’est ainsi que Lionel Jospin décrit la chambre haute, sans s’interroger sur l’ensemble du système qui fait de la France l’ultime Etat-nation alors que partout ailleurs les Etats se sont adaptés ?

 

Un nouveau mode d’élection des sénateurs, plus démocratique, ne résoudrait rien.

Le bicamérisme apparaît  sans doute comme un type d’organisation qui consolide la démocratie en diversifiant la représentation. C’est sans doute ce que pense le démocrate lambda.

 

Ce n’est vrai que sous certaines conditions que la France ne remplit pas.

 

Le bicamérisme est consubstantiel  au fédéralisme dont il est indissociable, en constituant un élément clé de sa spécificité.

 

Dans sa construction de l’Etat (nation building) la France n’est jamais parvenue à créer une communauté nationale stable et a moins encore réussi à dissoudre les communautés préexistantes ( Bretagne, Alsace, Corse, Pays Basque, Occitanie, Flandres…)

 

Elle n’a jamais voulu accommoder la pluralité en adoptant une formule constitutionnelle idoine.

La sacralité de l’unité territoriale et  de l’indivisibilité érigée en dogme n’a jamais permis qu’il soit envisagé d’intégrer les nationalités historiques dans un  espace d’entendement mutuel, respectueux des autonomies et des identités.

La fonction territoriale de la seconde Chambre est purement illusoire dans un pays à vision exclusivement holiste qui ne reconnaît pas les parties, qui s’en méfie, et qui privilégie le tout.

La reconnaissance des collectivités locales et territoriales relève d’une conception administrative de l’espace national, alors subdivisé en territoires. Cette reconnaissance est du même type que le découpage départemental napoléonien. 

Il ne s’agit pas de découper ou de reconnaître, mais bien de doter les territoires dont il est question de pouvoirs normatifs : de leur restituer leur  autonomie.

 

La représentation territoriale, en dehors des Etats fédéraux, est un héritage du féodalisme.

 

David E. Smith, professeur de Sciences politiques à l’Université de Saskatchewan et auteur d’un certain nombre d’ouvrages précise : «  Dans le fédéralisme américain, les Etats sont moins incorporés à l’Union qu’ils ne donnent collectivement corps à cette Union » (American federalism is less a question of states being incorporated into the United States than being incorporated as the United States)

 

Notre construction du fédéralisme prendrait une direction différente de celle qui a présidé à l’avènement de la plupart des  états fédéraux.

 

Quand les 13 colonies britanniques sont parties de la liberté de se choisir américaines, après s’être défaites des chaînes qui les rendaient esclaves,  pour entrevoir de passer un pacte dont elles estimaient qu’il était nécessaire à leur survie, nous, ici,  faisons face à une première phase de déconstruction préalable d’un état unitaire, d’un état déjà là, autoritaire parce que fragile, pour ensuite reconstruire à notre gré.

 

Il ne s’agit pas de demander à la France d’avoir un peu de condescendance et de reconnaître les entités historiques qui la formeraient. Elles ne l’ont jamais formé. Elles n’ont été que  contraintes par la force et par les armes d’y être amalgamées ou digérées.

Dans une conception fédéraliste de l’avenir, la France n’existerait que comme l’appellation contrôlée d’un pacte passé entre les diverses unités territoriales librement associées par voisinage et par intérêt. Elle pourrait d’ailleurs ne plus exister. Mais on voit mal, comment, dans l’esprit d’une philosophie de paix et de concertation, la Bretagne s’isolerait en faisant porter le poids de son malheur historique par des populations tenues isolées des intérêts de ses princes. Elle aurait tout à perdre, y compris une partie de son âme.

 

La France, si elle doit survivre et échapper à l’entropie qui la condamne, naîtrait d’un contrat consenti entre les unités territoriales distinctes, sans y être partie prenante,  à l’instar de Washington DC, qui n’est que la forme lisible d’un contrat passé entre 50 états, chacun conservant sa souveraineté, une constitution propre qui la garantit et une organisation étatique autonome.

 

 

 

 

Si nous comprenons les ressorts des indépendantistes, nous nous en écartons pour des raisons de modernité et d’efficacité. L’Etat-nation est partout en ruine et revendiquer ici sa forme est un anachronisme. L’indépendance est  liée à la souveraineté et à l’autarcie.

 

Aujourd’hui tous les Etats du monde survivent dans le cadre d’une souveraineté partagée, ne serait-ce que par l’existence des organisations supra-nationales.  La globalisation des échanges, mais aussi l’évolution technologique, ont renvoyé l’autarcie dans un univers sombre d’un temps périmé.

 

Notre espace de Bretagne est beaucoup plus extraverti qu’il n’y paraît.

 

Et ce n’est pas nouveau. On l’a déjà dit, mais répétons-nous.

 

Kerguelen, J. Cartier ne se sentaient pas enclavés. La mer ouvrait la Bretagne sur le monde et la connaissance et l’expertise que les Bretons avaient des possibilités que l’océan leur offrait leur a permis de se déterritorialiser de façon spectaculaire tout en enrichissant la Bretagne.

 

Ce n’est pas parce que l’indépendance est impossible que nous la récusons. Si elle avait été possible, ça se saurait et la Bretagne serait indépendante. Nous n’avons pas cette qualité de la patience incommensurable qui caractérise les indépendantistes, moins encore l’entêtement à s’ordonner sur des concepts d’un autre siècle.

 

Nous la récusons pour son non-sens dans la modernité de ce monde dans lequel nous sommes résolument inscrits. A part la Birmanie, la Corée du Nord et Cuba, tous les pays sont interdépendants.

 

Dès lors qu’il s’agit du droit et du pouvoir normatif de décider de ses propres règles et de son avenir, l’autonomie qu’accorde le fédéralisme nous semble satisfaisante.

 

L’autonomie fédéraliste n’est pas autre chose qu’une indépendance possible.

C’est une autonomie souveraine garantie par une Constitution.

 

L’indépendance qui évoque des concepts datés comme le territoire, la langue et une nation n’est guère qu’une chimère pour certains, sans doute une manipulation pour d’autres.

 

Le Conseil de l’Europe a réuni des experts en linguistique et en sciences politiques de 35 pays pour savoir si une définition commune de la nation était possible. Le résultat est sans appel : une totale impossibilité .

 

Utiliser un mot indéfinissable (si la nation bretonne se définissait par l’unité de sa langue, la pureté de son sang et de ses mœurs, elle serait une bien médiocre nation au bord d’une extinction définitive) pour lui donner le poids d’un dogme c’est tomber dans l’absolutisme d’une vérité mystérieuse et toute puissante.

 

Habermas a su s’éloigner de Fichte et de Herder en expliquant pourquoi l’Allemagne n’avait jamais pu se constituer en Etat-nation et pourquoi  la démocratie, dans ce pays, n’avait pu s’établir qu’après Auschwitz.

 

Quant à la nation française, c’est un subterfuge utilisé par Sieyès pour déposséder le peuple.

On n’est pas ce qu’on naît. Beaucoup de gens nés en Bretagne sont bien loin d’être Bretons, y compris d’aucuns qui parlent Breton, une langue qui permet aussi de dire autant de bêtises que le français. Il faut définitivement sortir de la sacralisation qui tue toutes les libertés individuelles.

 

On ne se libère pas d’une tyrannie par l’instauration d’une autre qui aurait revêtu les oripeaux de la liberté.

 

Le Sénat français ne représente pas les collectivités territoriales. Si c’était le cas, il aurait le bénéfice de compétences spécifiques qui le spécialiserait comme Chambre de défense des intérêts territoriaux.

 

Dans un système fédéral, la seconde Chambre, avant même de défendre les intérêts des unités fédérées, est garante de leur existence et de leur survie. Elle contrôle et surveille le pouvoir fédéral pour qu’il évite de maximiser son étendue.

 

Elle garantit la souveraineté des états fédérés.

 

La demande du parti socialiste pose problème. 

Le véritable danger est précisément la politisation de la seconde chambre, ce qui est en train d’ailleurs de polluer le sénat américain.  Le sénateur de l’Arkansas ne défend plus son état, mais le parti démocrate.

Mais, à la différence de la France, ce travers du sénat américain sera rectifié car il fait actualité.

Tout simplement parce que la mission du sénat américain, assemblée des Etats, remplit aussi une fonction non négligeable de caractère gouvernemental : «  advice and consent »  conseil et accord…

Washington DC ne peut pas faire ce que les 50 états refuseraient.

 

Certes la réalité est plus complexe parce les structures existantes sont aux mains des mmes qui essaient toujours de maximiser leur pouvoir dans le cadre d’un rapport de forces.

Mais quand le pouvoir fédéral prend trop de poids, il trouve tout de suite une opposition ferme qui lui interdit de continuer sur cette voie.

 

C’est une des vertus du fédéralisme, toujours en construction, organisation ouverte et flexible.

Avant d’avoir un sénat qui représenterait les territoires, il faudrait sans doute que ces territoires existent, qu’ils aient la maîtrise politique de leur destin et les juridictions adaptées.

 

Une réforme du sénat ne peut être opératoire que dans le cadre du fédéralisme.

Dans le cas actuel d’une France unitaire, la seule réforme possible du sénat est son extinction pure et simple, son élimination avec les économies qui vont avec.

 

Qui peut prétendre représenter des territoires dans un pays qui  n’en reconnaît qu’un seul, indivisible,  et qui s’assure de son unité totalisante par la présence de préfets, ces messagers du totalitarisme, experts en surveillance et contrôle ?

 

On aurait aimé que le Parti socialiste fût un peu moins malhonnête face à une droite conservatrice et imbue de ses pouvoirs.

 

Cette chambre de retraités prébendés, moins démocratique que la Chambre des Lords, doit être revue et corrigée. Mais elle ne peut l’être qu’insérée dans une réforme plus conséquente.

 

Au cas contraire, la tyrannie des partis politiques sur la vie publique se poursuivra et on aura toujours une Voynet sénatrice, placée par le Parti Socialiste, un Pasqua évitant la justice, un Mélenchon arrogant, stupide et fier de l’être, un Rocard et un Josselin affectionnant les prébendes et quelques anciens radotant assis dans des fauteuils de  velours rouge à côté d’un déambulateur.

 

Quelqu’un vient de me signaler que le maire de Carhaix, le parangon moderne de la lutte bretonne contre le pouvoir centralisateur, grand dépensier local d’argent public, projetait d’être candidat aux prochaines élections…. sénatoriales.

 

Amusant, non ?

Les langues de la discorde

Filed under: Uncategorized — Kaletfwlch @ 10:44 am
Sénat - AFP
25/06/2008
Sénat-Assemblée

Les langues de la discorde

Rébellion feutrée au Sénat, qui a détricoté, en première lecture, plusieurs points de la réforme des institutions. La question de la reconnaissance des langues régionales, votée à la quasi-unanimité par les députés et évacuée par les sénateurs, a creusé le fossé entre les deux chambres. Au risque de faire échouer toute la réforme voulue par le chef de l’État.

C’est une gifle qu’ont infligé les sénateurs aux députés, en supprimant une disposition qui avait été votée à la quasi-unanimité par l’Assemblée nationale. Une phrase qui complétait l’article premier de la Constitution, ainsi rédigée : “Les langues régionales appartiennent [au] patrimoine” de la Nation. Un vote qui a dépassé les clivages, puisque cette décision est venue des bancs de la majorité sénatoriale, des centristes, des radicaux, des communistes et des socialistes, et qui a donné lieu à de belles et longues envolées en séance : à gauche, les grands principes de la République, et à droite, en ce 18 juin, le général de Gaulle. Petites phrases : le spécialiste des institutions au groupe UMP du Sénat, Patrice Gélard (UMP), s’inquiétant de “retrouver demain la franc-maçonnerie, les cathédrales, le christianisme dans le patrimoine national“. L’ex-PS Michel Charasse se posant la question pour la gastronomie : “Voir la potée auvergnate ainsi distinguée, je n’osais en rêver…” Résultat : 216 voix pour la suppression, contre 103. La ministre de la Justice, Rachida Dati, ne put que constater sur ce point, auquel le gouvernement n’était pas très attaché, le “profond désaccord entre le Sénat et l’Assemblée“. Un désaccord qui pourrait durer…

Porte ouverte

Le débat sur les langues régionales est rouvert, avec toute sa virulence. Un débat dans lequel même l’Académie française a cru bon d’intervenir –fait rarissime–, jugeant que cette reconnaissance portait “atteinte à l’identité nationale“. Un débat qui s’est cristallisé, ces dernières années, entre adversaires et partisans de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. La France l’a signée, mais ne l’a pas ratifiée, après la décision du Conseil Constitutionnel du 15 juin 1999, selon laquelle la Charte n’était pas compatible avec la loi fondamentale, notamment parce que ces clauses étaient “contraires à l’article 2 de la Constitution dans la mesure où elles tendent à conférer le droit d’employer une langue autre que le français dans la « vie publique », notion dans laquelle la Charte inclut la justice et les « autorités administratives et services publics »”. Le 11 juin, la commission des lois n’avait pas jugé utile de remettre en cause le texte voté par l’Assemblée, considérant qu’il n’ouvrait pas la porte, tel quel, à une ratification de la Charte. Un argument contredit en séance et en majesté par le socialiste Robert Badinter : “Dès l’instant où l’on modifie la Constitution, la jurisprudence du Conseil Constitutionnel ne vaut plus“. La crainte des adversaires de la Charte ? La possibilité offerte à un justiciable, par exemple, d’exiger un procès dans sa langue régionale. En 1998, c’est sur l’expertise du constitutionnaliste Guy Carcassonne que le processus de signature de la Charte fut engagé par Lionel Jospin. Guy Carcassonne donne raison à Robert Badinter sur le fait que l’ajout des députés rendrait caduque la décision des Sages et ouvrirait la porte à une possible ratification : “Il n’y a aucun doute sur ce point“. Mais il continue de récuser les arguments des opposants à cette Charte : “Elle se soucie de la langue, non des locuteurs. Les sénateurs n’ont pas lu ce texte qui fonctionne « au menu » : les États choisissent les alinéas qu’ils souhaitent mettre en œuvre sans aucune obligation de retenir ceux qu’ils jugent plus contraignants“.

UMP vs UMP

Au Sénat, l’opposition à la constitutionnalisation de cette reconnaissance des langues régionales vient, selon la socialiste Marylise Lebranchu, surtout des rangs de l’UMP. Quant à ses camarades sénateurs : “Cela fait longtemps que Robert Badinter est sur cette ligne.” Le “fier d’être jacobin” de Jean-Luc Mélenchon ? “Il est imperméable à toute discussion sur le sujet. Un jour, il comprendra…”, souligne l’ancienne garde des Sceaux. “Vous combattez des démons plus que des réalités. En France, point de baïonnettes aux portes de la langue française pour faire triompher le séparatisme. Pourquoi être sur la défensive ?”, lâchait le socialiste David Assouline, désabusé. Communistes et socialistes espéraient pouvoir faire passer la pilule plus facilement aux sénateurs en déplaçant l’ajout de l’article 1 à l’article 2, qui traite de la souveraineté. “Après la référence à la langue française, indique la communiste Nicole Borvo. À l’Assemblée nationale, ils ont pêché par excès ou par insouciance. Selon moi, il peut y avoir un accord pour une inscription à l’article 2.” À écouter Patrice Gélard, rien n’est négociable. Comme la socialiste Marylise Lebranchu, il soutient que ce désaccord sur les langues régionales pourrait “remettre en cause l’ensemble du projet de loi constitutionnelle“. Le constitutionnaliste Guy Carcassonne, qui est par ailleurs l’un des membres du comité Balladur sur les institutions, confirme : “Connaissant les sénateurs, cela pourrait effectivement constituer un point de blocage important.”

 

June 19, 2008

Exit les langues régionales : la France au français !

Filed under: Uncategorized — admin @ 12:41 am

« Nos enfants parlent texto, il faut renforcer le français et ce n’est pas en faisant appel aux langues régionales », déclarait l’un des opposants aux langues régionales, Jean Pierre Fourcade, sénateur UMP lors du débat qui a eu lieu le 18 juin au Sénat à propos de la modification de la Constitution.En effet, les sénateurs ont voté à la majorité de 216 voix contre 103 un amendement demandant le retrait de la référence aux langues régionales dans l’article 1 de la Constitution.

Lorsque la diversité linguistique et culturelle est prônée dans le monde entier, la France est plus nationaliste que jamais. Il s’agit d’un des derniers pays en Europe à refuser de donner une place officielle aux langues régionales. À l’heure où la France est épinglée par les rapports internationaux sur son traitement des problématiques minoritaires, elle ne montre pas le visage d’un pays tolérant, bien au contraire.

Le texte prévoyant l’inscription des langues régionales dans la Constitution avait pourtant été adopté à la quasi-unanimité à l’Assemblée nationale, mais au Sénat la majorité UMP, ainsi que les communistes, les centristes, les radicaux et quelques socialistes ont voté un amendement demandant son retrait.

Déjà avant-hier, l’Académie française estimait que les langues régionales étaient un danger pour l’identité nationale, estimant que l’exclusivité du français était nécessaire dans un pays qui n’aime ni la langue anglaise, ni les langues régionales, ni certainement les autres langues dans la monde.

Doit-on en conclure qu’en France, le mot identité ne peut se prononcer qu’en langue française ? Ce vote du Sénat est au moins une belle preuve d’un jacobinisme farouche où la diversité n’a pas sa place. Alsaciens, Basques, Bretons, Catalans, Corses, Occitans, Flamands, Bourguignons… doivent-ils se considérer comme des étrangers ?

A quoi joue-t-on à l’UMP ? La France a besoin de réformes profondes, de réformes structurelles, culturelles, politiques et économiques. Ce refus du Sénat est décidément de très mauvaise augure pour le succès des réformes que nous espérions. C’est à l’UMP de montrer l’exemple, de montrer le chemin de la modernité et des réformes.

Claude Guillemain

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June 17, 2008

Confédération ou fédération ?

Filed under: Uncategorized — admin @ 12:17 pm

Libres opinions (Le Monde , 20 janvier 1953)

Confédération ou fédération ?

Par le Comte Richard Coudenhove-Kalergi

Les six Etats membres de la Communauté charbon-acier sont en train d’établir entre eux une association plus étroite.

La question essentielle qui se pose à leurs hommes d’Etat est de déterminer si cette nouvelle association aura le caractère d’une confédération ou celui d’une fédération.

A première vue une confédération semble préférable parce qu’elle maintient la souveraineté nationale, tandis que toute fédération demande une abdication partielle de cette souveraineté en faveur d’une autorité commune.

Le grand exemple d’une confédération moderne est le Commonwealth britannique, qui groupe autour de quelques institutions communes un nombre d’Etats souverains. Les autres exemples de confédérations sont
historiques : les Etats-Unis d’Amérique avant 1787, la Suisse avant 1848, l’Allemagne avant 1866.

Ces trois confédérations se sont transformées en fédérations. Il semble donc indiqué que l’Europe aussi commence son union par une confédération, pour aboutir un jour à la fédération.

Cette méthode est dangereuse, parce que la transition du système confédéral en système fédéral ne s’est effectuée, en Suisse comme en Allemagne, qu’à la suite de mouvements séparatistes, suivis par des guerres civiles (1848 et 1866). Seule la Confédération britannique a survécu, parce que ses membres sont séparés par des océans.
Un autre avertissement historique est à retenir : que dans toute confédération l’Etat le plus fort domine tôt ou tard ses associés. Cela fut le cas quand Athènes organisa une confédération pour défendre la Grèce contre la Perse. Plus tard l’Etat hollandais domina la Confédération néerlandaise, le canton de Berne la Confédération helvétique, l’Autriche la Confédération germanique. Et de nos jours personne ne conteste l’hégémonie de la Grande-Bretagne sur son Commonwealth.

Seule la transformation d’une confédération en fédération peut empêcher cette évolution vers l’hégémonie de l’Etat le plus fort, car les fédérations sont formées par des citoyens, les confédérations par des Etats. Ainsi le problème de l’hégémonie n’existe pas au sein des fédérations, sauf si elle est prévue dans la Constitution même, comme ce fut le cas dans la Constitution allemande de 1871, basée sur l’hégémonie prussienne.

Dans toutes les autres fédérations il n’est pas question d’hégémonie. Dans les Etats-Unis d’Amérique l’Etat le plus important, celui de New-York, n’a aucune prépondérance sur les autres Etats. En Suisse toute hégémonie du canton de Berne a disparu depuis l’adoption de la Constitution fédérale. En Allemagne l’Etat le plus important, la Rhénanie-Westphalie, ne songe pas à imposer une hégémonie sur les autres Etats. Enfin dans l’Union soviétique ce n’est pas un ressortissant de la Grande Russie qui domine la Fédération, mais un
fils de la petite nation de la Géorgie.

Avant de décider si l’union de l’Europe devrait se constituer en fédération ou en confédération les hommes d’Etat responsables devraient bien réfléchir en profitant de ces expériences historiques.

Ils devraient se rendre compte que chaque système confédéral court deux risques : celui du séparatisme et celui de l’hégémonie. Contre ces deux périls, seule une fédération européenne peut nous protéger.

Car il est probable qu’un jour la Russie offrira à l’Allemagne comme prix de sa sécession de l’Europe non seulement l’union des deux Allemagnes, mais aussi une révision totale de la frontière de l’Oder-Neisse. Une Allemagne souveraine disposant d’une armée nationale serait beaucoup plus tentée d’accepter cette offre et de se détacher de la Confédération européenne qu’une Allemagne solidement intégrée dans un système fédéral.

L’hégémonie de l’Allemagne serait une autre conséquence éventuelle d’un système confédéral. Car l’Allemagne, la puissance la plus dynamique du continent, assumerait tôt ou tard une influence prépondérante, tandis que dans un système fédéral son dynamisme n’aurait qu’une influence
favorable sur la vie intégrée de l’Europe.

Afin d’éviter à la fois les dangers du séparatisme et de l’hégémonie l’Europe devrait suivre dès maintenant l’exemple suisse : se transformer le plus vite possible en une fédération libre et prospère, solide et pacifique. Sans risque d’hégémonie, de séparatisme et de guerre civile.

Pour que vivent nos langues !

Filed under: Uncategorized — admin @ 5:24 am

June 16, 2008

Le petit “non” irlandais au traité de Lisbonne

Filed under: Uncategorized — admin @ 4:57 pm
Le référendum irlandais vient de rappeler une nouvelle fois la méfiance dont fait l’objet l’Union européenne. Mais il est difficile de voir une alternative au compromis trouvé dans le traité de Lisbonne.
 

Entretien avec Peter Hägel, politologue, maître de conférence à American University of Paris.

 

Comme interpréter le « non » irlandais ? Faut-il y voir la répétition des référendums de 2005, lorsque la France et les Pays-Bas avaient rejeté la Constitution européenne ?

A des degrés variables, l’opinion eurosceptique s’exprime dans tous les pays membres de l’Union, mais ses motivations changent d’un pays à l’autre. Rappelons que dans le cas français, le rôle déterminant était joué par le refus d’une Europe jugée trop libérale, tandis que le « non » néerlandais était porté par la critique des transferts communautaires et la peur d’un « petit » pays d’être dominé par les « grands ». Dans le référendum irlandais, le scénario a été encore différent : le « non » a mobilisé une coalition extrêmement hétéroclite, allant des catholiques conservateurs soucieux de préserver la pénalisation de l’IVG aux agriculteurs réticents aux changements annoncés de la politique agricole commune, en passant par des voix libérales comme le groupe « Libertas », soutenu par les milieux d’affaires de l’île, qui voit dans l’Union une menace contre la politique d’impôts bas menée par le pays.

Aucun traité au monde n’est capable de s’accommoder de critiques aussi différentes, voire contradictoires. Et le problème n’est peut-être pas là, mais dans la mobilisation des opinions positives : tous les sondages montrent que la majorité des citoyens d’Europe, en Irlande encore plus qu’ailleurs, soutient l’intégration européenne. Au lieu de se focaliser sur le camp du « non », les responsables européens devraient se demander pourquoi tant d’Européens choisissent de ne pas voter du tout ; en Irlande, le taux de participation n’était que de 53,4  %  ! De toute évidence, l’Union communique mal avec ses citoyens, qu’il s’agisse de rappeler les avancées réalisées que d’expliquer l’importance de ses traités.

 

Quel est le scénario le plus probable pour sortir de la crise actuelle ?

A l’exception de quelques eurosceptiques avérés – comme le président de la République tchèque Vaclav Klaus –, la plupart des leaders européens, en particulier les Britanniques, ont réagi en réaffirmant que le traité n’est pas mort et que la ratification devrait se poursuivre. Ils semblent vouloir dire que c’est l’Irlande qui doit maintenant trouver une solution – ce qui paraît frappé du coin du bons sens, étant donné qu’on voie mal une alternative au traité de Lisbonne. Par le passé, on sortait de l’impasse en trouvant des solutions particulières à des intérêts particuliers, comme dans le cas du Danemark en 1992, qui a obtenu une clause d’exemption sur l’adhésion à l’euro après avoir refusé le traité de Maastricht. Or, dans une Union à 27, cette voie-là n’est plus praticable ; le sentiment se répand qu’il ne faut plus tolérer la « tyrannie des minorités » : en l’occurrence, 862 000 Irlandais empêchent 500 millions de citoyens d’Europe d’avancer. Ce qui laisse penser que nous allons vers un nouveau référendum en Irlande. D’ici là, l’Union continuera de fonctionner avec le traité de Nice, qui ne lui laisse que peu de marges de manœuvre pour faire avancer des politiques européennes communes.

 

Si les motifs du « non » diffèrent d’un pays à l’autre, ils contribuent tous à empêcher l’« approfondissement » de l’Union. Est-il encore réaliste de vouloir poursuivre l’intégration politique ?

Si approfondissement veut dire construction d’une sorte d’Etats-Unis d’Europe, il semble effectivement que nous avons atteint une limite. Une Europe politique fortement intégrée était l’objectif d’une génération d’hommes politiques qui avait vécu la Guerre froide. Avec le temps et en raison de la diversité croissante de l’Union, cet objectif a perdu beaucoup de sa pertinence. Cependant, on oublie souvent que l’Union est déjà un système fédéral, dont les institutions parviennent à intégrer de nouveaux membres. Ses institutions peuvent certes être améliorées, et le traité de Lisbonne propose justement de régler un certain nombre de problèmes, notamment les mécanismes de prise de décision. Mais même si le traité finit par être adopté, dans quels domaines l’Union pourrait-elle faire vraiment mieux que les Etats pris individuellement ? A court et moyen termes, je ne vois pour ma part que la politique étrangère et la politique de sécurité. A cet égard, le traité de Lisbonne représente probablement le meilleur compromis entre la volonté de doter l’Union de plus grandes compétences et celui de préserver le pouvoir des Etats membres. Elle offre aussi des outils précieux pour renforcer la voix de l’Union sur la scène internationale.

June 15, 2008

Montesquieu : défendre la liberté, éloigner la servitude

Filed under: Uncategorized — admin @ 3:25 am
        Entretien avec Yves Charles Zarka, directeur de la revue “Cités”

 

Quelle est la place de Montesquieu et de sa pensée dans votre propre itinéraire philosophique ?

Cette place est très importante, bien que j’aie davantage écrit sur Machiavel, Hobbes ou Rousseau. Montesquieu joue dans mon itinéraire philosophique un rôle aussi important que Tocqueville. D’abord, je l’ai beaucoup enseigné, et continue de le faire. Ensuite, et surtout, il m’a servi de guide au moins sur deux plans : l’un théorique et l’autre polémique.

Né à La Brède, près de Bordeaux, en 1689, mort à Paris en 1755, Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu, a étudié le droit à l’université de Bordeaux puis à Paris. Châtelain et magistrat, il travaille sans bruit jusqu’au moment où il est rendu célèbre, en 1721, par le succès éclatant des Lettres persanes, un des textes les plus brillants de la littérature française. Entré à l’Académie française en 1728, Montesquieu entreprend ensuite un long tour d’Europe dont se nourrira son oeuvre majeure, De l’esprit des lois, publiée après un immense travail seulement en 1748. Cette réflexion fondamentale, accusée d’hérésie et d’athéisme, déclenche une vaste polémique. Montesquieu y participe en publiant Défense de l’esprit des lois.

Somme impressionnante, De l’esprit des lois combine une théorie générale des lois, pensées comme rationnelles en dépit de leur disparité infinie, une typologie des régimes politiques et une réflexion de fond sur la liberté, garantie par l’indépendance des pouvoirs et leur limitation constitutionnelle. La finalité de cette “balance des pouvoirs” est de rendre impossible toute tentative de despotisme.

Il n’y a donc de liberté, pour Montesquieu, que si “le pouvoir arrête le pouvoir”. C’est pourquoi sa pensée demeure toujours d’une remarquable actualité, bien qu’un singulier paradoxe de l’histoire ait voulu qu’il soit souvent mieux lu et mieux compris à l’étranger, en particulier en Amérique, que dans son propre pays.

 

Du côté théorique, Montesquieu est l’un des philosophes politiques qui savent le mieux allier la description empirique de la société, l’analyse historique et le jugement philosophique. L’étude des lois, entendues comme rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses et régissent la politique, doit se faire en fonction non seulement de la structure des gouvernements, mais également de la société dans son inscription historique et géographique, de ses moeurs, de sa religion, etc. En ce sens, on peut dire que Montesquieu est l’héritier de Machiavel et de Jean Bodin. Du premier par le sens de la république, l’analyse du pouvoir, de la vertu civique et de la liberté ; du second par le sens du droit politique et de la législation. Mais Montesquieu est pleinement un philosophe du XVIIIe siècle. La société qu’il analyse, qu’il critique et qu’il juge est bien celle de son temps, même lorsqu’il fait mine de parler d’une autre, antérieure ou éloignée.

Je définirais Montesquieu comme un réaliste qui a le sens des multiples facettes du réel politique et qui sait par conséquent que la politique ne saurait se réduire à la recherche du pouvoir et aux conflits d’intérêt. Ces derniers existent, mais ils ne sont pas les seuls ressorts de la politique. Lire Montesquieu, c’est donc revenir au réel sans perdre le sens des valeurs, entrer dans l’analyse de la structure des sociétés et la constitution des gouvernements sans perdre de vue la question essentielle : celle de la différence politique entre un bon et un mauvais gouvernement.

Raymond Aron avait raison de placer Montesquieu parmi les fondateurs de la sociologie. Mais à bien des égards, il représente aussi un moment philosophique déterminant dans la rencontre du courant républicain et du courant libéral. Il donne de la matière à la philosophie politique, lorsqu’il lui arrive de se perdre dans des abstractions confuses, et de l’esprit à la sociologie, lorsqu’il lui arrive d’en manquer.

Du côté polémique, je dirais que Montesquieu est l’auteur qui permet le mieux de démonter cette fiction en vogue : celle d’un “républicanisme” (néologisme affreux) qui serait antilibéral. Il existe bien sûr une histoire de la pensée républicaine, et on peut la retracer, depuis l’Antiquité gréco-romaine jusqu’à aujourd’hui. En revanche, l’idée que cette histoire serait, dans sa période moderne, critique du libéralisme et qu’elle fournirait une alternative à celui-ci relève d’une fiction contemporaine forgée naguère par des historiens anglo-saxons et colportée depuis quelques années en France. Or Montesquieu, qui a une place majeure dans cette histoire de l’idée républicaine, est à la fois républicain et libéral. Il défend la vertu civique, l’amour de la patrie et la liberté telle qu’elle a été pensée dans la tradition libérale naissante : “La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent : et si un citoyen pouvait faire ce qu’elles défendent, il n’aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir”, écrit-il dans De l’Esprit des lois.

 

Quel est le texte de lui qui vous a le plus marqué, nourri, et pourquoi ?

 

Tout d’abord, rappelons que Montesquieu n’est pas seulement un penseur, c’est aussi un écrivain de premier plan. La lecture de l’un de ses textes n’instruit pas seulement, elle ravit l’esprit. Ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence m’ont beaucoup marqué. L’analyse des crises et de la corruption de la République romaine m’a passionné. Son basculement y est la conséquence d’une corruption qui passe des politiciens aux militaires et de ceux-ci au peuple lui-même. La destruction des institutions républicaines et la perte de la liberté me paraissent ici essentielles : on oublie souvent, aujourd’hui encore, aujourd’hui surtout, que la liberté doit se gagner et qu’elle peut se perdre, parfois sans retour.

Mais les Considérations ne peuvent être séparées de L’Esprit des lois, qui en intègre les enseignements majeurs. Je retiendrais deux points majeurs de cette oeuvre. Premièrement, l’étude de ce que nous appelons aujourd’hui les “contre-pouvoirs”. Deuxièmement, la défense de la liberté politique. Sur le premier point, la question majeure que pose Montesquieu est celle de savoir comment empêcher l’abus de pouvoir, sachant que celui qui dispose d’un pouvoir quelconque va être nécessairement conduit à en abuser, du moins s’il ne rencontre pas d’obstacle : “Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir”, note-t-il. La nécessité d’une distinction et d’une séparation des pouvoirs vient de là. Elle constitue un acquis définitif de l’idée d’une constitution libérale. Le second point, la défense de la liberté politique, est directement lié à celle des limites du pouvoir : “La liberté politique dans un citoyen est cette tranquillité d’esprit qui provient de l’opinion que chacun a de sa sûreté ; et pour qu’on ait cette liberté, il faut que le gouvernement soit tel qu’un citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen.”

 

Selon vous, où cet auteur trouve-t-il aujourd’hui son actualité la plus intense ?

 

Je voudrais aborder ici un aspect différent. Si l’on demandait à Montesquieu quel est le couple de concepts qui définirait selon lui le champ politique, il répondrait, je crois, par l’opposition entre liberté et servitude : il y a des gouvernements qui conduisent à la liberté et d’autres à la servitude. Toute la question étant de savoir comment promouvoir les uns et se défendre des autres. Liberté et servitude sont en effet selon moi les concepts majeurs de la politique, ceux par lesquels il est possible de déterminer si une question est politique ou non. Contrairement donc à ce qui est souvent dit et même ressassé aujourd’hui, ce n’est pas le couple ami/ennemi, mais le couple liberté/servitude qui est le critère déterminant du politique. Cela veut dire simplement que l’essence du politique ne doit pas être pensé en fonction de l’ennemi (intérieur ou extérieur), c’est-à-dire de la guerre, mais en fonction de la liberté et de la paix. La politique ne disparaît pas quand la guerre cesse, ce que pourtant certains s’ingénient à nous faire accroire. L’antilibéralisme politique (de droite ou de gauche) se définit le plus souvent négativement par opposition au libéralisme, mais il masque en général ce qu’il est réellement : une pensée politique qui a pour horizon indépassable la lutte, l’affrontement et la guerre. Sur ce point également Montesquieu définit l’esprit du libéralisme politique.

Propos recueillis par Jean Birnbaum

June 14, 2008

COMMUNIQUE N° 2 / 2008

Filed under: Uncategorized — admin @ 9:56 am

L’Irlande a dit “non”: c’est regrettable

 

Samedi 14 Juin 2008 9h17mn 13s

 

 

Une version optout pour l’Irlande est-elle envisageable?

En fait, une mesure dérogatoire.. ..

Tout ceci forme un envoi de signaux négatifs qui affaiblissent l’Europe. On peut appeler le traité de Lisbonne comme on veut : il a valeur constitutionnelle.

L’Irlande peut ne pas adhérer et faire sécession. Qu’elle le fasse comme la France aurait dû le faire…

L’Europe n’a pas à s’encombrer de poids morts qui la minent, sauf à devenir une Europe de pacotille, une caricature de fédéralisme.

 

Tant que le raisonnement sera de type confédéral, ou du type d’une Europe des Nations, on n’arrivera à rien.

Il y aura toujours des “guéguerres” qui mettront en avance les petits avantages locaux aux dépens d’un intérêt commun. La technique du free rider appliquée par l’Irlande se retournera contre elle.

 

La seule façon de protéger la singularité Irlandaise ou Bretonne passe par cette définition de l’intérêt commun indispensable qu’est l’Europe. A ne vouloir penser qu’à nous, l’heure approche où nous ne penserons plus rien, car nous ne serons plus.

 

Penser Europe, c’est aussi penser à nous-mêmes; L’Europe est notre survie.

 

Le Conseil de l’Europe a réuni des experts de 35 pays pour tenter de voir si une définition commune de la “nation” pouvait être élaborée. Le résultat est sans appel : totalement impossible.

 

Nation (français) et nation (anglais) ne recouvrent pas le même champ sémantique. Et les différences s’aggravent dans les autres langues…

L”Europe des nations, c’est l’Europe d’un je ne sais quoi….

 

Le Dictionnaire de la Révolution de 1790 précise qu’avant 1789, le mot nation n’avait aucun emploi, et moins encore de sens précis. Utilisé par Sieyes pour priver le peuple de ses droits (la nation devient souveraine) le mot désigne alors un subterfuge. Le Roi n’étant plus, il fallait bien opérer un transfert de la souveraineté.

La logique voulait que ce soit le peuple qui devînt souverain.

Quelle logique ?

Celle d’une véritable révolution, sans doute; mais ce n’était pas le cas. Il ne s’agissait que d’une prise de pouvoir. Les bourgeois envieux n’aiment pas davantage le peuple que les aristocrates qu’ils vont déposséder.

Surgissement de la Nation….

Beau coup….

Insuffisant, cependant.

Le roi souverain était une personne tangible. L’intangibilité de la nation pose problème…

Second coup : on invente la représentation. La souveraineté de l’intangible Nation sera exercée par des représentants de chair et d’os… 

Pauvre peuple laissé à l’écart, une fois de plus….

Pauvres peuples devrait-on écrire car ils étaient pluriels en cette France de 1791…

Le concept de nation est si faible qu’il faudra procéder à son exaltation permanente : grand marketing national. (1794, le drapeau bleu blanc rouge est adopté: 1796, la Marseillaise devient l’hymne officiel …)

 

Le Français qui parle d’une Europe des Nations traîne des casseroles conceptuelles telles que son propos ne peut rencontrer d’échos favorables auprès des autres Européens. Les tentatives d’une transversalité du jacobinisme ont échoué.

 

Mélenchon, de Villiers, Chevènement, Besancenot ne devraient pas se réjouir du non irlandais. Il est d’une autre nature. C’est un non pragmatique, un non de free rider, un non d’un passager clandestin qui profite du service sans en payer le prix.

 

Paddy, don’t apply ! (Interdit aux Irlandais) était-il écrit à l’entrée des saloons de la conquête de l’Ouest.

 

Aujourd’hui, vous savez pourquoi.

 

BF

 

 

 

 

 

 

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